‹ FragolettaChapitre 84 sur 152 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

devoir p4 quelque piété tendre se mêlait à «a répugnance, et d'HauteviUe résolut de s'en acquitter en effet sans délai.

La maison du banquier Ouvrard ressemblait moins au domicile d'un négociant qu'à la somptueuse demeure d'un ancien fermier général. Il fallut traverser , pour arriver dans les bureaux de cette espèce de ministère , les cours de deux hôtels réunis en un seul , franchir une foule de voitures , se frayer un passage sur des escaliers chargés d'arbustes fleuris, à travers les cliens du futur munitionnaire. Ce luxe contrastait singulièrement avec les mœurs et le désin* léressement des hommes des mauvais jours, et il renaissait à celle époque avec Teffervescence d'une mode retrouvée. C'était quelquefois dans cette maison eldans quelques autres salons dorés de la Chaussée-d'Antin que commençaient à se réunir le soir ces beautés demi-nues, déjà courtisanes des cinq rois du Luxembourg, et ces jeunes gens à collets noirs, à cadenettes poudrées , dont l'habit haut et court leur donnait une vague ressemblance avec l'autruche, et qui , les deux mains placées dans les poches d'un pantalon attaché. sous les aisselles, parlaient une sorte de gazouillement si incroyable qu'il leur en avait fait donner le nom.

Les incroyables s'attribuaient exclusivement le ion des bonnes manières et étaient les premiers représentans de la réaction royaliste.

D'Hauteville échangea quelques mots avec le banquier, qui lui parut beaucoup plus occupé d'une fête qu'il devait donner incessamment au Raincy que de IL 5

«0 FKAGOLETTÂ.

toute attire aflhire^ el, après Ty avoir iùTité atec ta fomillC) il sjoutû négligemment :

— Pour les renseignemens que vous désirez, adres^ •ei*-TCMia, s'il Yoas platt, au chef de ma division du •obtentieui, vous en serez content ; c'est un avocat de province , mais qui ne manque pas d'instruction s fous demanderez Cambacérès*

Le coiodmis, poudré ^ le front haut , les yeux dis** eords et profondément bordés de noir , qui reçut le Inajor en qualité de chef du contentieux , lui rendit en effet les comptes les plus exacts; et d'HautevilIC) sans autre satisfaction que celle de reconnatlre une probité si scrupuleuse, vit que les intérêts de la suc^ cession avaient prospéré en de telles mains.

Eugénie annonça le soir à son frère qu'Adriaai était venu jusqu*& deux fois en son absence , mais qu'il n'avait pas été reçu. Elle pensait qu'il se reprè* senterait encore dans cette soirée. D'Hautevtlle resta, la porte ne fut plus défendue, et l'étranger entra en effet vers neuf heures. Il fut décontenancé à la vue du major ; mais il se remit, et le major, triomphant luimême de l'émotion que lui causa encore une fois cette fabuleuse ressemblance, s'approcha de lui affectueusement et en fut remercié sur-^le-champ par un re-» gard de sa sœur. La conversation pourtant était gênée. On pafla des nouvelles de Hollande et de Suisse, des victoires présumées qui allaient sauver la république; mais, à l'exception de d'Hauieville , qui s'intéressait passionnément aux destinées de la France , il était clair que ces discours tenaient la place de pensées q^'on n'exprimait point»

rOHAPITRK XI* it

-^ J'ai écrit à Tienne , dit enfln & demi^Toix le sincère d'Hauteyille en attirant Adriani vers le fond xnoina éclairé de Fappartement,

— Et Je m'en doutais, répondit oelttinsi avec nii accent où il entrait un peu de fatuité et de moquerie. Moi, Je n'ai mi» à tout cela aucun obstacle , bien au contraire; je ne sois point de ces frères qui se croient tuteurs ou geôliers officieux de leur fsmille.

— Mais je pourrais être de ces frères-là, reprit le major d'un ton sérieux, A quoi n'are^^vous donc paf mis obstacle? Est-ce au peu de services que J^ai es* •ayé de rendre è Camille ? Est«ce à mon respectueux dévouementpour elle, aux sentimens qu'elle m'a ins* pires, que J'avoue hautement, dont je sollicite un prix qui peut m'ètre refusé sans doute, mais qui ne com* promettra pas un moment la vertu de celle que j'aime?

•^ Eb bien ! vous êtes meilleur que moi, cher ca-» pitaine, dit inconsidérément Adriani.

O'Hauteville fut trop touché de cette famOiarité presque fraternelle pour la trouver hors de conva» nance, et la conversation continua.

^ Vous avex donc quitté Fhôtel du Danube par quelque caprice de voyageur ? Où étes^-vous mainte nant logé ? Puis-Je vous être de quelque utilité danf cette périlleuse capitale ?

— Tous êtes donc curieux ? C'est un défaut.

— Je suis empressé de vous rendre unç hospitalité que j'ai reçue & Naples , à Naples , où ce titre de capitaine que vous me donniez tout à l'heure était to seul que j'eusse encore le droit de porter»

&s fragoi:ettâ.

— Oh ! ce sera, dit Philippe, Thabitude que j'ayais prise de renténdre répéter à ma sœur.

Et comme il s'aperçut que d'Hauteville allait tomber dans quelques réflexions involontaires :

— Écoutez , ajouta Tétourdi avec feu et pendant que, le dos opposé aux lampes placées suir la cheminée, il empêchait ainsi son interlocuteur de lire Texpression de sa figure dans Tombre, je yeux être confiant, soyez indulgent. Je suis fort jeune encore pour qu'on me traite comme si je devais demain entrer gravement en ménage. J^ai changé de logement parce que parce qu'on m*a retenu Fautre

jour assez tard au fond du faubourg Saint-Germain. Je connais là une société charmante, une jeune dame entre autres, assez récemment mariée à un grand seigneur rayé de la liste des émigrés \ elle a pour moi des intentions hospitalières. C'est elle qui n'a pas voulu que je m'exposasse, après minuit, à je ne sais quelles rencontres que je pourrais faire, ditelle, des compagnies de jéhu ou ûu poignard. Je vous avouerais bien comment j'ai été conduit ensuite à préférer son quartier au mien, mais n'insistez pas davantage. La discrétion est une vertu de mon pays ; et pour l'amour de moi , vous ne me questionnerez plus. N'est-ce pas?

— D'autant moins que vous m'avez tout dit.

— Vous croyez !

— Non, je ne crois & rien.

D'Hauteville supposa qu'Âdriani feignait un mystère pour en cacher un autre.

— Et d'où vous viendraient, ajouta-(-il^ ces pré-

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