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CHAPITRE XL U

tentions si ayantâgaises, qui ne sont ni adroites ni sincères? Quel besoin tous croyez-vous de me trom* per ? Je suis peu sévère, il est vrai, mais que diriezvous, si avec les sentimens que vous me connaissez» Je vous adressais de telles confidences ? Gardez-les, Adriani-, tâchons que les personnes qui nous aiment ne soupçoânent Jamais un rival, même dans un ancien souvenir. Vous êtes fort jeune en effet, et voua pouvez ignorer beaucoup de choses. Ma sœur aussi ne connaît guère ses propres sentimens, dont je suis informé. Mais que voulez- vous ici? Eles-vous disposé à écouter, à protéger mes vœux les plus chers? Désirez -vous que la réflexion mûrisse votre tête avant que je vous confie un trésor pour un autre trésor? Eh bien! partez^ mais parlez pour revenir et pour assurer la félicité de tous. Partez seul, puisque le devoir m'enchatne ici et que la guerre entre nos deux pays n'est pas terminée encore. Mais solliciter mon bonheur, n'est-ce pas aller assurer le vôtre ? Car rendre heureuse Camille, voilà pour moi le but de la vie. Tunique espoir de Favenir, et Dieu, qui m'entend, sait que j'immolerais mon éternité à un seul Jour de bonheur pour elle.

— Ame généreuse, s'écria le jeune homme, je partirai ! Vous mériteriez de plus nobles sacrifices. Je partirai, et je m'engage même à ne jamais revenir. Indigne du sort qui m'est offert, incapable de trouver ni de donner le repos, je partirai! Je ne sais qu'un moyen de vous témoigner ma reconnaissance» je l'emploie : je vous abandonne. Adieu!

— Adriani, que dites-vous ?

M FfiÂGOtEITA.

£( s'avauf 4Di ver» elle par uoe tôrte de momre» lOfiDi de fureur, puis la cont^niplaiit ensuite avec dei yeux aidens de volupté :

•^NeuB ne nous reverrons jamais. Ne me halsseï pM, ear je suis déjà maudit.

La jeune fille poussa un erî ; mais sa mère aeeourant à son secours :

•*>^I1 Tairae; les empôrtemens, les eonCrariétès quMl subit soni une preuve d'amour, et il reviendra.

Elle la fit ainsi doucement revivre ; et d-Haule-* ville, brûlpnt de retenir Adriani, se précipita sur ses traeea. Quand il fut au bas de Tescalier, per^ sonne I la porte cocbôre était ouverte, et il tourna en vain les yeux de tous côtés : il ne sentit pas même que son front nu recevait une pluie glacée.

L'unique ol^jet qu'il distingua au loin était lugubre : une longue file de soldats et de citoyens armés, marchant un par up, sur une double ligne et les ipousquets baissés, escortait silencieusement un eer^ Queil. Le cercueil^ éclairé par des torches demi-éteii^ tes, était paré d'un sabre, d'une écbarpe tricolore, de branches de laurier et de cbéne \ et sur les drape^ ries noires le nom du mort se lisait brodé au milieu d'une couronne de larmei. D'Hauteville s'approcba : Joubert!

Ainsi Joubert avait déjà tenu parole et échangé sa vie contre un revers encore glorieux. Ses restes, di»* pûtes aux Russes pour être rapportés sur l|i terre de France, venaient chercher au Panthéon une sépul* ture digne de son dernier courage.

c^uumMxi. Il

D'HiUterOto ot l'avait )aina{a reBContié dana le monde ; il -n'avait point servi sous ses ordres ni dana la mftme armée; il ne cûnnaiisaii de Iqi que ses aeryicet ; mais c'était Joubert, une des Jeunes gloires de la France, et il suivit se« restes eomme s'ils eussent été oeui: d'un parent, d'un ami, d'un frère*

Couvert à la h&te d'un manteau, le major s'était joint au nombreux cortège avant d'y avoir été décidé par la présence de M. Wimpfen, qu'il reconnut dana les ranga et dont il pouvait espérer encore d'obtenir quelque explication touchant les singulières pardea d'Adrianî.

D'HauteviUe se disait, en s'unissant à ce concoure de citoyens, à ce concours plus beau encore de sentimens : a Quelle rapidité de faits gigantesques ! Et comme tout se hâte et se dévoue sur le sol que la liberté féconde ! Combien de services dé)é rendui, que d'immortalités déjà conquises ! n

Le deuil nocturne passait sous la lumière vaoil«> lante dea réverbères, balancés par un vent dV>rage, et traversait une foule de rues populeuses où les ci«« toyens témoignaient spontanément leur douleur.

^11 s'est battu, celui-là I et ce n'était pas un pillard.

^flhl non l C'était le fils d'un pauvre Juge de la Bressew

— Il s'est élevé par son mérite , il a gagné tous sea grades au milieu de la fumée, et en un leol jour il adémonétité le roi des marmottes.

«^En mourant, disait l'autre, il criait encore aux troupea : a ^n avant, mes amis, marchez toujours! h

— Il portait lui-même «ei ordres sur le champ de

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balaUIe, et en gaise d'aidé de camp, pour aller ptas yite.

— Mais sa pauyre petite ièmme, disait une jeune mère, qiiel chagrin pour elle ! Si ce lùron-là a laissé un enfant, j'offre mon sein, pour le nourrir, en don patriotique; et si je n'ai pas de lait, je donne mon sang.

Le peuple alors connaissait ses défenseurs. Les citoyens étaient fiers des soldats, car leur cause éfail comrouneetjuste. Il n'en était pas de l'honneur comme d'une espèce de secret entre le prince et des serviteurs; et nul n'étalait alors des récompenses dont la banale possession était aussi vaine que le mérite était inconnu. Et inconnu n'est pas demeuré le titre le moins honorable pour les privilégiés de la cour.

On gravit la colline élevée du pays latin à travers le respectueux hommage des étudians de toutes les sciences ; et sur le fronton d'un temple enlevé à la divinité d'une pauvre bergère, d'Hauteviile lut des mots effacés depuis parce qu'ils consacraient à la fois le culte de la reconnaissance et de la patrie.

On entra; les tambours, voilés de crêpe, résonnèrent sourdement sous ces voûtes sonores. Puis un membre du conseil des Cinq Cents éleva la voix : c'était le frère du plus jeune, du plus aimé de nos poètes , de cet André Chénier tué au nom de la liberté, qu'il avait défendue. L'orateur se prépara à parler de mémoire, à prononcer son discours do haut d'un socle qui le laissait voir tout entier. Son éloquence devait s'augmenter encore de la solennité même du lieu , dont les portes ouvertes laissaient en-

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