‹ FragolettaChapitre 88 sur 152 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

èelQMà était un paa?re homme qai ne s'est jamais mêlé de son sort ; un bon bourgeois qui ne méritait guère d'être chef de la cour et qui n*a rendu à la royauté qu'un seul service...

— Celui de mourir, n'esf-ce pas? Il est heureux que ses défenseurs en conYÎennent. Monsieur, je ne pense pas comme vous : son testament évangëlique atteste des yertus qui méritaient le trône. C'est quelque chose que d'avoir pardonné^ je ne dis pas seulement à ses bourreaux, mais à ses amis absens! Votre maître n'a dû ses malheurs qu'aux préjugés que tratne après soi l'absurde éducation des dauphins. Son cœur Youlait le bien du pays, mais son esprit, l'ancien régime^ cette contradiction lui a coûté la vie. Charles P' et lui n'ont qu'une même histoire : là-bas la réformation religieuse, ici la réformation politique ; un duel contre le siècle : il y fallait périr. Mais malheur à qui a conseillé la résistance!

— Au moins je comprends ici avec satisfaction que monsieur n'eût jamais pris le nom odieux de régicide.

— < Je l'ai refusé au péril de ma vie dans la con- VMition, dont j'étais membre.Ce nom est ce que vous dites lOTsque l'action qu'il désigne, au lieu d'avoir «urtout été commise par représailles sur quelques dominateurs ou égorgeurs d'hommes, l'a été en violation des lois jurées sur une patiente et noble victime. Il est odieux, car il signifie homicide; mais il l'est assez sans qu'on y attache, au profit des tyrannies à venir, je ne sais quel fanatisme déclamatoire et quelle mysticité de colère. Laissons cela aux rimeurs d'odes, aussi bien que leur beau sang-froid ou même leur

admiration pour un conquérant qui immolera des gé* nérations entières i quelque yanité' bien cruelle et bien sotte, tandis que ces flagorneurs écument de rage s'il est parlé du sacrifice d'un seul au salut de tous. Car, monsieur, qu'un prince tue un peuple, rien de plus véniel dans nos histoires -, mais qu'un peuple, même opprimé, touche un cheteu de la tête d'un roi, diable ! demandez aux écrivains pensionnés si ce n*est pas là un forfait sans nom I

— Vous me faites encore trembler, Je le confesse. Et cependant Robespierre disait en 1791, qu'un roi mort n'était pas un homme de moins. Ne seriez-vous déjà plus à la hauteur de ce grand homme ?

— <* Ce grand homme? répliqua le républicain avec une sérénité inaltérable : ce grand homme était im monstre. Son règne est passé sans retour, car nous n'avons plus les vices ni même les vertus qu'une telle existence suppose.

--« Des vertus, monsieur ?

— Oui, monsieur : intégrité, désintéressement et courage. Ce monstre crut que pour fonder la république (sa religion, à lui) il fallait frapper deux cent mille protestans aristocratiques. Qu'est-ce que cela comparé au nombre des victimes qu'ont coûté qu^ques autres théories humaines? Il le crut, et il tût conséquent , et il ne recula point devant les moyens d'assurer le meilleur avenir qu'il croyait possible.

— Mais, monsieur, périsse un gouvernement, fùU ce celui de l'ftge d'or, s'il doit coûter ce prix*là!

— Eh ! mon Dieu, monsieur, je suis de ce timide avis. Il est au-dessus de l'humble probité d'un ci-

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