‹ FragolettaChapitre 89 sur 152 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

toyeo comme tous ou moi d'ordonner une pareille boucherie... 11 n'y a peut-être qu'un roi à qui cela ne coûte guère: voyez Charles IX ^ et un prêtre : Toyez le cardinal de Lorraine.

La conversation avait pris une gravité trop sombre pour que quelqu'un n'essayât pas d'en détourner un peu le cours. Ce fut la dame au turban rouge qui résolut de s'en charger. Elle savait bien qu'on ne Téoouterait point si elle parlait trop brusquement|d'autre chose; et comme l'expression delà figure du gentilhomme annonçait son désir profond de blesser au cœur ses adversaires, c'est à lui-même qu'elle s'adressa; et elle continua la guerre pour son compte, afin d'attirer vers elle des coups qui deviendraient naturellement plus mesurés.

— U faut Juger les Français en France, M. Desrosières, dit-elle en souriant pour bien faire comprendre au duc qu'elle savait son véritable nom. Coblentz a été un mauvais point de vue, et je suis presque sûre que vous avez émigré.

— Je m'en vante, dit arrogamment le proscrit.

•--* Oh I vous pouvez rendre cette résolution explicable par des craintes fort légitimes. Mais vous ne l'auriez pas prise si vous eussiez prévu que vous ren-^ diez la perte du roi sûre, en lui enlevant tout à coup dix mille défenseurs, et la crise démocratique inévi^ table, puisque vous éloigniez tout contre-poids politique. Souvenez-vous donc qu'après le 10 août, quand la déchéance demandée fut rejetée par la majorité de l'assemblée, si les royalistes eussent été à leur poste, il suffisait de leur réconciliation avec les constitution-*

neU pour empêcher les jacobins, vos ennemis et les nôtres, de pouvoir triompher jamais.

— Une constilutioD, madame ? dit le duc, un peu embarrassé, une constitution & un peuple aussi dépravé ?

— Pour le régénérer, monsieur. Mais, s'il vous platt, d'où vient donc que ce pauvre peuple était si dépravé ? Le gouvernement que vous regrettez avait eu, ce me semble, le temps de former la nation qui 8*est montrée coupable. Vos prêtres, dont renseignement, Texemple et les richesses sont propres, selon vous, à faire tant de bien, avaient présidé à Tenfance de celle génération déchaînée contre eux. Le tiers état devait être accoutumé aux privilèges de féodalité, si particulièrement agréables, à ce que vous dites, à ceux sur lesquels ils doivent peser. D'où vient donc que nos vices ont germé sous les institutions anciennes? 'v «Monsieur, si dans Thistoire d'aucun peuple il n'était point de période comparable aux quatorze mois de la terreur, savez-vous ce qu'il en faudrait conclure ? Qu'aucun peuple^ depuis cent ans, n'avait été aussi malheureux que nous. Et vous avez eu le manque de générosité de nous fuir alors ! de séparer le bon grain de l'ivraie qui fermentait ! Ah ! monsieur, c'était nous retirer hors d'à-propos votre haut patronage.

— Tous les royalistes n'étaient pas si loin, dit le grand seigneur avec fatuité ^ les Vendéens vous ont avertis plus d'une fois, et rudement de leur présence.

— Les Vendéens ! reprit tout à coup le partisan de la république en sç (t)Olant d'une) conversation qu'il

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avait absadoiiaée. Mais Je n'en parle jamais qu'avec respect ; ils n'ont pas été, ceux-là, ameuter les étrau'gers contre nous, pour se dispenser d'entrer en lice. Les Vendéens ! Mais la guerre civile est honorable, monsieur, ajouta-t-il en soulevant son chapeau, et l'invasion étrangère déshonore infailliblement tous les partis, a Je mourrai, disait Gharette, mais non en émigré, non sur une terre ennemie. Je sais que ceux^ là mêmes que l'honneur devrait faire accourir dans mon camp me trahissent et m'abandonnent. Tant pis pour eux! mais moi^ je ne finirai qu'en soldat, les armes à la main, et jamais en transfuge. » Les Yen-^ déens! diable! mais vous n'êtes pas dégoûté. Les Vendéens ! c'est une autre paire démanches.

— £h bien ! monsieur, il en renaîtra, desVcndéens , tant que durera votre sanglante et persécutante république.

— Oh ! des chouans, vous voulez dire? de ces héros qu'on ne rencontre que la nuit et un poignard à la main, gens qui vivent du royalisme comme les chenilles des arbres fruitiers, qu'elles tuent. Mais, ajouta-t-il en changeant subitement de ton et en tendant à son ennemi une main cordiale, faites-nous le plaisir de nous dire ici, à nous autres bonnes gens, et au milieu d'une fête qui nous rassemble, comment vous vous trouvez sur les terres de cette sanglante et persécutante république.

— A quel titre, voulez-vous dire?

— Oui : quel est votre titre aujourd'hui ? — Gontumax, dit le royaliste.

On partit d'un éclat de rire général; etpourexpli*- II. 7

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quer cettegmeté^ il faut savoir qoe l«ft gentfMiôtimicè condamnés à mort pour n'êlro pas rentrés en France dans les délais d'une loi conventionnelle étaient tous ott presque tous alors à Paris , sollicitant eox-niêflies non^-sealeinent la Justice^ mais les faveurs dd directoire.

—Vous voyez donc bien, dit Laréveillëre, ear c'è- 4att lui qui avait parlé en ee dernier moment, irons voyez donc bien que cette république n'est plus si sanglante ni si persécutante l Les juges et les ccMQtu^ max déjeunent ensemble, et leor bonne intelligence ne cache aucun piège. Tenez, monsieur, iroulez-vons perdre un titre dont vous tirez encore vanité? Je m'offre à vous faire rayer, d'ici à deux jours, de cette )iste de proscription.

— Je ne m'en soucie pas, dit le due.

— Oui, dit la dame, on ne sait pas ce qui peut arriver*, victime est un rdie comme un autre, une recommandation, une espèce d'intérêt qui sert de con-* tenance.

— A la bonne heure ! acheva Laréveillére^, mais si vous rêvez encore des bouleversemens , tant pis pour votre ambition, car, je nesais si vous le savez, yoas qui vous êtes fait volontairement étranger à votre pays ; mais^ de bonne foi, si quelques vertus vous sont don-* nées, rien n'ébranlera plus, je ne dis pas l'boniDie da 18 fructidor , mais les lois qui nous refassent. Que voulez- vous que désire une nation, monsieur? Be la gloire? Nous avons vaincu quatorze armées. Et peur arriver à ce résultat, il a lailu, pauvres et désunis que BOUS étions, créer tous les élémens de nos triooiphes,

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dejpuU les aaHouehes du soldat jusqu'au général empruaté à la charrue. Mais la France était dévouée alors à sa cause. On se lasse de se faire tuer pour def intérêts de prince , jamais pour défendre la terre natale. Les seules insolences d'un M. de Cobourg ont fait lever ici un million de combattans, et aujourd'hui qui pourrait nous inquiéter, je le répète, si nous conservons quelque fermeté républicaine ?

-^Toujours républicaine ? Mais, monsieur, l'ancien régime

-^ Demandez au docteur Alibert ce qu'il pense de l'école de Salerne, et à Méhul de la musique de Phiy fidor». J'syoute, pour votre instruction particulière, que nous avons la paix avec ceux-ci et la victoire avec ceux-là. Personne ne songe à nous disputer le Rhin et les Pyrénéas pour frontières. Ces rois qui levaient si pompeusement juré d'exterminer la révolution et de venger Louis XYI reconnaissent humblement la république. L'argent revient, nos récoltes sont bonnes^ si Schérer nous a compromis un moment^ firuoe est de nouveau vainqueur à Berghen, et Mas-

séoa à Zurich Il ne nous faut donc, je le répète^

que la volonté de rester hommes; et si quelqu'un s'agite, croyez que c'est au profit d'une ambition sao^ patriotisme.

— Mais néanmoins, dit l'incroyablCj qui était revenu tourner autour de cette conversation comme un papillon de nuit autour de la lumière, ne peut-il pas s'opérer des changemens naturels ? Vous ne vouliez pas rester éternellement en république?

^ £t pourquoi, Garât ? dit rbomme de 69, qui ror

marquait avec plaisir la disoussion perdre de son importance et la société se rapprocher amicalement du chAteau.

— Mais, mon cher, parce qae ce n^est pas là le gouvernement d'un grand Etat.

— L'Angleterre cependant jouît d'un gouvernement libre, j'imagine.

— Fort bien ! l'Angleterre est une tle.

— La Hollande n'a-t-elle pas fleuri longtemps sous des institutions républicaines ?

— Oh l c'est bien différent : la Hollande est un pays de plaines.

— La Suisse, si vous voulez, a des lois et des magistrats populaires.

— C'est un pays de montagnes !

— Ah I de sorte, dit Laréveillére, que, dans l'opéra des Fisitandinesy l'air que vous appelez la Gasconne est toujours le plus à la mode et que vous seriez encore plus aimable que vous n'êtes si vous vouliez bien nous le chanter?

— Moi ? Volontiers, dit le capricieux artiste, qui se faisait si souvent prier. Mais venez donc dans le salon et du côté des dames , car je ne puis pas m'enrouer ici, parole d'honneur, m'abîmer ainsi en plein air!

Le salon était occupé par la portion la plus paisible de la société du Raincy. On essayait déjà d'y faire de la musique : c'était une innocente lutte de prétentions bourgeoises, des improvisations retenues de mémoire, des caprices étudiés six mois, des fantaisies connues de toutes les écoliéres de Gousineau, et de» duos de

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