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CHAPITRE XII

Solié, et des romances de Coupigny longtemps à la mode en province. Quand Garât parut, les petits fredons se turent et on écouta le rossignol.

Pendant ce concert, un peu long, d'HautevîUe s'avança dans le parc^ du côté où il supposait sa soçur, et il ne tarda pas à la voir, en effet, revenir vers le château escortée de ses graves compagnes. Mais à vingt pas d'elle il crut reconnaître un chien noir, de race anglaise, marqué de feu, qu'Adriani avait coutome de laisser courir devant son cheval. Il regarda encore , et derrière Eugénie elle-même il reconnut Adriani. Avant de rejoindre ce groupe, il fallait traverser un massif de tulipiers qui dérobait tout un moment à sa vue, et quand Tofficier sortit de dessous les arbre$,il n'aperçut plus Tinexplicable compagnon qui s'était enfui il y avait peu de semaines. Il crut le revoir à une assez grande distance, balancé dans une frêle barque au milieu de cette immense pièce d'eau qu'on appelle le lac des Sorbiers.

Eugénie, prévoyant les questions de son frère, marcha à lui en souriant, et avant qu'il eût parlé:

— Voilà ce qu'il m'a chargé de te remettre, dit^ elle.

B'Hauteville saisit un papier portant le timbre de Vienne, et ses yeux reconnurent à l'instant l'écriture de Camille. Il s'enfonça dans une allée déserte afin de savourer ce bonheur inattendu. Quand il reparut, «es yeux élincelaient, son front était dégagéde nuages, il y avait dans son regard une expression de confiance et de caresse. .

Adriani, qui l'observait peut-être, L'aborda au mot^

"78 FRAGOLBTTA.

menl oA te dloer allait rassembler tout le monde, et d'Hauleville reotrafaa dans un angle de la terrasse où se ralliaient déjÀ les convives au bruit argentin 4'une cloche et aux appels joyeux de plusieurs cors. *— Pourquoi nous avoir privés si longtemps de vous, dit-il 9 et nous laisser croire que vous êtes injuste et fantasque?

— Le malheur Test toujours un peu, dit le jeune homme, évidemment troublé* J'ai été frappé de votre raison franche et sévère, vous m'avez éclairé sur la position dangereuse où j'étais. Je respecte Eugénie et vous ^ j'ai obéi aux convenances, et tant que le sort de tous ne sera pas fixé, j'avais résolu de me tenir en exil. Je pensais à aller habiter FAngleferre.

— N'en faites rien, croyez-moi : notre destin peut ehanger, il peut changer incessamment peut-être, et ce n'est pas quand je tiens l'espérance de vous, que je yeux vous l'enlever. Mais, tenez, ce lieu^ci ne convient guère à un tel entrelien \ ne nous fuyez plus, c'est tout ce que je puis vous dire.

Le dîner fut plein de magniflcence et de bon goût^ il n'offrit point cette profusion qui rassasie, point celle gène qui serre les eslomacs, empêche les confidences de s'établir et fait craindre de toucher son verre oa •a fourchette*, mais point non plus de ces cohues qui assourdissent le plaisir. Les innombrables domestiques étaient attentifs et silencieux. Le bruit était l'expansion d'une gaieté douce et non ce retentissement stupide d'un service mal fait.

Quand on eut partagé les ananas, quand on eut savouré les vins de Grèce et les liqueurs parfumées des

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