CHAPITRE XII
comme le cœur. Mais il ne ^'agissait plas alors des discussions ni des hostilités précédentes. L^éclatante beauté du soir, la pureté de Tair, ces magiques décorations de pourpre que le soleil couchant déployait du côté de Paris, au-dessus des bois de Sainl-Maur et de Yincennes, frappaient Tâme et les yeux de chacun d^une admiration recueillie. Le luxe était partout. Les arts comme la nature rivalisaient de complaisance pour accroître le bien-être des oisifs qu'enfermait ce frais Elysée. L'horizon, prolongé en arc lumineux vers cette capitale de la France si longtemps livrée au deuil, ressemblait à une promesse du ciel pour la splendeur et la félicité de l'avenir.
Au milieu de ces convictions d'espérance et de paix, qu'on voudrait prolonger toute la vie, il s'approcha du groupe un de ces hommes qui savent toujours les premiers un événement et se montrent d'autant plus empressés à semer une fable qu'elle est d'une nature alarmante ou bizarre^
— Vous savez la nouvelle?
— Et quelle nouvelle? dit nonchalamment l'éloquente fenmie qui s'était montrée le matin adversaire ' railleur des héros de Coblentz et qui en ce moment appuyait son bras sur celui d'un homme dont les longs cheveux blonds encadraient une physionomie suisse pleine de finesse et d'esprit. Si elle vient de Paris, votre nouvelle , assurément nous l'ignorons. Paris est bien le dernier endroit du monde qui nous intéresse. Pour moi, je passe mes jours à Yilliers-la- Garenne*, mes amis occupent des châteaux voisins, et nous nous faisons un point d'honneur d'ignorer les