CHAPITRE II. 2t
Puis continuant cette manière de proverbe , ou, comme on eût dit en France à ia même époque , cette espèce de charade en action , on vit venir un courrier du cabinet espagnol monté sur un bambou. Il apportait à Ferdinand lY une lettre de Charles III , son illustre père. On envoya chercher un religieux pour en connaître le contenu, car l'élève ni le précepteur ne savaient lire, et cette missive toute diplomatique mit fin aux amusemens du maître des Deux-Siciles. Elle lui défendait de berner désormais autre chose que des animaux à quatre pieds. Sa majesté, exceptant même les chiens, à cause de leur utilité pour la chasse , les prenait sous sa protection catholique et royale.
— Historique ! historique! s'écria plusieurs fois Lillo pendant le cours de ces scènes rapides qui formèrent le premier acte d'un drame qui devait en avoir quatre autres.
La scène changea rapidement à la manière de Shakspeare,etrenfantqui avait représenté Ferdinand vint, après avoir fait place à un jeune homme chargé de poursuivre ce rôle, se reposer sur les genoux d'Éléonore, qui lui donna mille bonbons parce qu'il ne ressemblait nullement au personnage qu'il avait joué.
— Qu'est-ce que c'est que cela? demanda Camille à la vue d'une décoration nouvelle.
— Un bosquet des jardins de Caserte : l'amoureux Ferdinand attend sa fiancée en péchant des grenouilles , et vous allez \oir le châle qu'on vous a emprunté tout à l'heure embellir une archiduchesse d'Autriche.
En effet, Granaii , des plumes sur sa tête, un éven-
tail à la main , parut en archiduchesse d'Aulriche, et on reconnut Caroline à Ihabitude que singea Tacteur de mordre continuellement ses lèvres pour en ranimer le vermillon. On passa brusquement les cérémonies du mariage , et après la première entrevue particulière, qui fut grotesque, on vit Ferdinand IV épeler les lettres de Talphabet sous la direction de sa pédante épouse.
Le roi sut lire au troisième acte. Là cet époux de vingt-cinq ans livrait à sa chaste moitié , avec tous les lazzi de Favarice, l'argent qu'elle destinait à payer les équipages de ses favoris ou les dettes d'honneur qu'ils avaient contractées au pharaon et dans les baccaras.
Le général Acton reçut la plus riche bourse ; le duc délia Regina , la seconde -, la troisième fut donnée à Pic d'Anceni, l'homme le plus slupidc de la Calabre, mais le patron des danseurs de Saint-Charles , Tinvenleur ou l'introducteur des ballets en Italie. Cet Hercule de coulisse fut copié dans ses discours et ses gestes avec un rare talent dimitation par l'avocat Palmieri. Ce fut un tableau qui tenta les crayons de d'Hauteville, que celui que formaient Caroline et ce groupe dans un angle du cabinet où se tenait le conseil : une main de la reine était dans celle d'Aclon, si reconnaissable à son encolure de pirate; un de ses pieds pressait le pied du danseur, et d'un œil lubrique elle indiquait sur une pendule au duc dclla Regina l'heure à laquelle l'introduirait la camérière.
Mais la voilà en tète à lôtc avec son royal époux :