CHAPITRE II
— Ma chère maîtresse, disait l'innocent disciple, fais-moi le plaisir de déchiffrer pour moi ce petit papier doré. Je ne sais pas lire l'écriture bien couramment, et je soupçonne que celle-là m'est venue de la part de la duchesse de Lusciano.
— Et vous me prenez, sire, pour la confidente de vos infidélités?
— .Te n'en ai point commis; mais je m'ennuie quelquefois, et j'ai résolu d'accepter de ta main une petite disîraclion.
— Ce ne sera pas celle-là, dit Caroline après avoir parcouru le billet. Effrontée! elle feint la passion, vous propose à Yenafio un rendez-vous et refuse vos présens! C'est une intrigante.
— Tu crois, ma pauvre Caroline?
— Sire, il faut l'exiler.
— Attendons quelques mois.
— Tous balancez? vous n'êtes pas digne de la jalousie qu'on a pour vous.
— Je l'exilerai si lu veux; mais que me resleral-il? Je ne connais qu'une seule femme dans ma cour qui m'ait donné de ces idées-là.
— Eh bien ?
— Mais celle-là est vertueuse.
— Impertinente! Et quelle est-elle?
— Son nom ne fait rien à l'affaire.
— Je le veux savoir.
— Ne te fâche point : c'est la duchesse de Cassano- Serra •, mais garde-moi le secret.
— Refuser votre majesté! C'est un affront que vous ne pouvez souffrir. La Serra affecte sans doute
des mœurs pour nous humilier I Sire, elle a aussi mérité
— L'exil peut-être?
— Précisément. C'est une ambitieuse. Débarrassez-vous (le ces deux personnes.
Le roi traça docilement son nom en lettres de trois pouces de longueur au bas d'une espèce d'ordre que rédigea la reine, et celle-ci, fière de la double victoire qu'elle venait de remporter, continua :
— Sire, pendant que tu es en train de rendre la justice, pourquoi n'envoies-tu pas aussi vivre un peu dans ses terres ton marquis d'Alta-Yilla?
— Mauvaise plaisanterie, madame. Alta- Villa est un homme essentiel, un des plus utiles soutiens de cette monarchie.
— Est-ce parce qu'il prend mieux qu'un autre des grives au Roccolo ou qu'il contrefait le cri d'un marcassin pour attirer les sangliers?
— Ne vous raillez pas de mes plaisirs : est-ce que je trouble les vôtres?
— Mais Alta-Yilla est un porteur de caducée, et le protéger c'est avouer des turpitudes.
— Tais-toi, mes amours.
— Sire, vous êtes un niais.
Et la conversation s'anima de telle sorte que tous deux parlèrent en même temps; les termes dégénérèrent en ce patois du môle, de la plus vile, de la plus basse, de la plus criarde espèce, et jusque-là que Ferdinand, levant la main sur son interlocuteur, allait laisser tomber un soufflet royal j mais un souvenir l'arrêta ;