CHAPITRE IX
resta inconnu pour tous les autres assistans sous le déguisement qui le couvrait :
— Enfans, ajouta 3îasfrilIo en se tournant vers deux de ses Calabrois, vous voyez bien ce bourreau désappointé, ce croque-mort qui a compté sans nous, c'est un propagateur de la foi. Conduisez-le là-bas au fond de Téglise, dans ce confessionnal entrouvert, et flanquez-le de vos deux personnes jusqu'à demain après la grand'messe, ainsi que pourraient le faire deux dévots qui se disputeraient l'absolution d'un saint. Vous, mon père, profitez, si vous voulez, de ces arrêts catholiques pour essayer de les convertir. Ils en valent la peine et sont hommes à vous apprendre quelques plaisantes histoires. Au reste, écoutez-les, ne les écoulez pas- amusez-vous infiniment ou ne vous divertissez guère, il n'importe. Seulement ne bougez point, car il vous serait planté dans le cœur quelque chose qui n'y germerait pas plus que la vertu.
— Je ne vois point la marquise, dit le cardinal.
— Ni moi, ditMastrillo.
Quelques assistans sourirent.
— Cela vient peut-être, ajouta nonchalamment l'aventurier, de ce qu'elle est allée voir, sur ma prière, ce qui se passait du côté d'une de ses fermes de Calabre où l'année dernière la récolte des olives et la vente des poulets d'Inde n'ont pas produit tout ce qu'on pouvait en attendre.
— Seriez-vous coupable de quelques nouvelles violences? dit le cardinal, et est-ce ainsi que vous reconnaissez les bontés du roi?
— Monseigneur, j'ai accepté plus de la moitié de ce que le roi m'a offert ou fait offrir, dit Mastrillo en regardant le confessionnal : voilà, je pense, de quoi établir ma respectueuse déférence. Quant au reste, c'est le servir encore que d'éluder un caprice de sa facétieuse majesté. Il ne veut pas apparemment se priver de la postérité de ses serviteurs? Or, entre ia Guirlandaïa et moi, voyez-vous, il y avait peu de chances pour les futurs soutiens de la monarchie napolitaine. Mais je liens trop à honneur de remplir au moins une des intentions du trône et de recevoir un sacrement de votre main pour perdre une occasion solennelle. On peut remplacer la marquise, et puisqu'on veut que je me marie absolument, voilà ma fiancée: comment la trouvez-vous.^
On vit paraître^ escortée de plusieurs camérières, une jeune et charmante fille dont les pas s'embarrassaient de temps en temps dans un riche manteau de satin blanc. Elle portait une couronne de roses blanches sur des cheveux un peu en désordre 5 elle était confuse, inquiète, pleurante: mais elle laissa échapper un sanglot de joie et un sourire dès que Mastrillo eut touché sa main.
— Léona, dit-il, veux-tu être ma femme? Voici les témoins, le prêtre et l'autel.
L'orpheline fit un signe affirmatif à la manière des en fans et ajouta quelques mots prononcés si bas que iMastrillo seul put les entendre.
Le manteau qui la couvrait tomba à demi, et sous la riche parure on put voir, sans qu'elle perdît rien de sa grâce, l'habit de laine grise et la croix rouge qui,