CHAPITRE II
— Si tu ne m'avais pas appris à lire, dit-il, je te ferais mourir sous le bâton !
Le pédagogue femelle s'éclipsa en tirant la langue à son auguste époux et emporta pour consolation le double exil de ses rivales.
Cette reine si susceptible en matière de vertus de cour, cette fille de César, qui crut déroger en montant sur un petit trône d'Italie, on la vit au quatrième acte accueillir dans ses intimités une courtisane : c'était lady Hamilton , effrontément épousée par le vieil ambassadeur d'Angleterre. A la vérité Tamiral Nelson était son amant public. Le nouveau scandale excusait Tancien, et l'adultère rehaussait singulièrement ce mariage. Un geste, un coup d œil, commencèrent l'intelligence entre ces deux cœurs féminins : un billet tombé devant le roi allait compromettre Caroline-, l'Anglaise, sollicitée par un regard de la reine, avait su rougir à propos et redemander pour elle-même cette lettre.
— J'ai vu cela de mes propres yeux, disait Toriila pendant qu'on représentait la scène. D'abord complices, elles devinrent bientôt amies, et celte fière lady n a jamais pu me pardonner, à moi, de m'ôtre souvenu qu'à Rome je l'avais admirée sans aucun voile quand, sous le nom d'Emma Liona, elle servait de modèie dans un atelier de peinture.
— « Voilà, voilà la marée fraîche ! Achetez, messieurs, les canolichi de Procida, les trilles et les ancines péchés celte nuit même au cap de Misène I »
Ces cris annoncèrent le nouveau roi des Deux- Siciles. Le lieu de la scène devint le quai de la Mar^
geline, et du milieu d'un groupe de lazzaroni disputant grain à grain sur le prix de chaque palaïa , on distingua des altercations bizarres :
— Est-ce que ta majesté ne sait pas que les huitres sont diminuées depuis le règne de Masaniello?
— Oui , mon galant homme, et les cordes renchéries.
— Quand tu es de mauvaise humeur, tu nous vends plus cher. Est-ce notre faute, à nous, si la lamproie fraie quelquefois avec le menu fretin ?
— Laisse-la faire 5 cela croise les races.
— Comment se porte ta femme et le gér\éral Aclon ?
— Il ne s'agit point de mes amis ; achète mes huîtres.
— Et ce capitocé, combien, sire?
— Deux pauies.
— Autant que lu as de couronnes ?
— Pourquoi n'en aurais-je pas deux ? Notre saintpère le pape en a bien trois !
— Yeux-tu me vendre ton royaume par-dessus le marché ?
— Prends mes huîtres , imbécile ; celles-là sont parquées dans les réservoirs de Fusaro : elles ne l'échapperont pas.
— Oh! pour le coup, interrompit dllauleville, voilà de l'invraisemblable et de la caricature, mes amis. Vous tombez dans le bas comique, et il vous faudrait le masque d'el signer Pulchinella pour autoriser de pareils discours.
— Copie exacte , propres paroles entendues de la bouche du roi , — répondit son représentant , aban-