CHAPITRE II
donnant tout à coup son rôle pour celui d'avocat de la vérité et rintérêt de Tillusion pour Tinlérêt de l'histoire. — Voilà comme on ne comprend point noire bonheur dans les autres pays de l'Europe î Notre prince, à nous , s'est rarement essayé dans le langage et les mœurs de quelques classes privilégiées; il ne sympathisait qu'avec les gens du môle et des faubourgs : c'est un monarque littéralement populaire. Combien de fois n'ai-je pas entendu les acheteurs finir avec lui les altercations par une injure qu'il feignait toujours de ne pas entendre ?
— Comment l'appelait-on ? demanda aussitôt le parterre.
— Scaldalello di Cristo.
Et le salon demi-aristocratique imita la gaîté de la mauvaise compagnie. Pour tâcher de comprendre cette allusion grossière, intraduisible en français autrement que par bassinoire ou chaufferette du Christ, il faut se souvenir que le Sauveur du monde, né en hiver dans une étable, y fut réchauffé par la présence de deux animaux dont l'un avait de grandes oreilles et l'autre de fort grandes cornes.
Mais déjà le cinquième acte, la péripétie et le dénoûment s'avancent. Il s'agit de déclarer la guerre aux Français : le bon sens de Ferdinand s'y oppose; le conseil assemblé hésite encore. Qui décidera cette grave question ? Entendez-vous siiïîer sous les fenêtres du palais ? C'est le signal que le premier veneur a promis de donner si une pose d'oiseaux rares s'arrêtait sur les pins de Portici et dans les rochers de la côte. Le pauvre roi s'agite sur son fauteuil , où il
tient encore bon ; mais Caroline a tout prévu : les sons du cor de chasse, les abois de la meute ont retenti. Adieu le conseil, le roi s'élance^ le manifeste tout rédigé est rendu public, et le courrier qui le porte est parti.
Voici le bataillon surnommé Macédonien rencontré par le roi au sortir des portes de Naples.
— Où allez-vous donc, mes enfans?
— Sire, au-devant des Français.
— Allez , mes braves , et vous serez bien étrillés ! Ils vous arrangeront, soyez tranquilles.
Déjà en effet Tarmée revient de Rome. Ces héros qui, arrivés sur la frontière et apercevant Terracine au delà, s'étaient écriés : «Ahl que le monde est grand! w ces conquérans qui demandaient encore hier à Yiterbe si Paris était bien loin, ils n'ont montré à l'ennemi que les basques de leurs vestes à la hongroise et la giberne couverte de toile cirée, peinte en peau de tigre : « Que vous disais-je? répétait le roi. Et quand vous me consultiez pour faire rembourrer les uniformes.^ Que c'était dans le dos et non sur la poitrine. »
ÎMais la peur a gagné tous les esprits. Les matelots anglais viennent charger les meubles sur leurs épaules dans les résidences de Caserte et de la Favorite, tandis que les frégates de TÉtat la Parthénope, le Guiscar d, le Sire Joachim sont brûlées dans le port. La fumée entre par toutes les fenêtres. Les épagneuls sont embarqués \ il ne s'agit plus que des enfans. La reine oubliera si elle le peut le moribond duc de Sora, car la sœur de Joseph II désire n'élever quo