‹ Fragoletta, Nouv. édChapitre 127 sur 226 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

— Vous ne m'étonnez nullement par l'impression que ma vue a pu produire sur vous, dit la personne que d'Hauteville avait prise pour Fragoletla. Jamais ressemblance ne fut plus exacte et plus frappante, et moi-même, la première fois que je revis ma sœur, après une absence tellement longue qu'elle datait des jours de notre enfance, je me souviens qu'en apercevant sa figure je crus voir ma propre image répétée dans une glace. On assure que les jumeaux ont assez ordinairement les mômes traits; mais ici la similitude paraît merveilleuse. Elle a presque toujours confondu ceux qui nous voyaient , môme en présence l'un de l'autre et malgré les vêtemens de sexe divers. Il n'y a que l'instinct du cœur qui no puisse s'y méprendre, et ce n'est pas vous , major, qui vous y tromperiez deux fois.

D'Hauteville écoutait ces paroles et le son de cette voix sans détourner un moment les yeux de l'objet qui l'avait ému et sans pouvoir triompher encore de son trouble.

Il était rentré dans la maison de sa mère-, et là, comme accablé de sa faiblesse, il était assis sur un canapé devant lequel se tenait assez négligemment et

debout un très-jeune homme. C'était lui qui parlait en ce moment et que M"'^ d'Hauteville avait présenté à son fils sous le nom de Philippe Adriani , comme une connaissance encore nouvelle et qui devait particulièrement intéresser le voyageur.

Dans le maintien et l'organe de l'étranger d'Hauteville remarquait bien une assurance à peu près mâle et quelque chose de fier et de hardi assez inconnu à la femme. Sa parole, légèrement accentuée par la prononciation allemande, était un peu plus grave que celle qu'elle rappelait. Sur la lèvre supérieure un léger duvet marquait déjà une différence entre le frère maintenant devant lui et cette sœur qu'il n'avait pas vue depuis un an -, mais pourtant je ne sais quelle émotion invincible l'agitait encore malgré lui. Les yeux, qu'il cherchait et ne rencontrait que rarement, servirent toutefois aussi à changer ses idées. Ils accusaient une totale différence d'âme. Longtemps il avait lu des sentimens candides, une ignorance pudique , une enfantine sécurité dans les yeux de Camille ^ et ici il remarquait au contraire quelque chose de sardonique et de profondément malicieux. Il lui avait semblé quelquefois que le regard de celle qu'il aimait recelait un indice de tendresse et de bonheur 5 et là le regard de Philippe n'étincelait que d'un feu rapide, éclair qui prometlait tout au plus l'ardeur des plaisirs, mais dont la grâce même était si passagère qu'il y avait autant de gêne que de séduction à considérer ce jeune homme.

— J'ai hâte de vous surprendre bien autrement cl

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