‹ Fragoletta, Nouv. édChapitre 128 sur 226 · CHAPITRE XI. êl · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI. êl

de VOUS intéresser davantage, poursuivit Adriani: je sais tout ce qui vous concerne.

D'Hautevillè tressaillit.

— Vous aimez Camille , major; et si la dissimulation des femmes permet de démêler les senlimens de celle-là à travers Tintérêt qu'elle avoue et la reconnaissance qu'elle vous doit , j'oserais assurer que son cœur n'est pas ingrat.

DHauteville se leva involontairement et allait saisir la main d'Adriani 5 mais soit que le jeune homme se fût reculé pour se dérober à cet empressement, soit que d'HaulevilIe lui-même réprimât subitement son émotion afin de ne point retarder d'une seconde les paroles dont il attendait la vie et qu'il implorait du regard , il s'arrêta.

— Oui, quand je l'ai quittée il y a trois mois, quand je l'ai laissée à Vienne pour venir discuter ici quelques intérêts de fortune, Camille m'avait chargé de m'informer de vous et de rechercher votre famille. Elle ne pouvait vous écrire , ignorant le lieu de votre séjour ou sachant bien que vous en changiez incessamment avec une armée en retraite-, mais elle était fort impatiente de vous expliquer sa disparition subite. Car c'est moi qui l'ai fait pour ainsi dire enlever au milieu de ces guerres civiles de Naples. 3Iais elle savait, je le répète, que votre mère habitait Paris • que là je ne pourrais manquer de connaître votre sort, et je me suis présenté ici comme venant pour ainsi dire de sa part et étant déjà votre obligé. J'ai transmis à Vienne tout ce que nous savions, et Je ne doute pas que ma sœur ne reçût main-

tenant avec plaisir une lettre de vous. Je vous donnerais une adresse si vous me la demandiez.

D'Hauteville fit de nouveau un geste d'empressement passionné, et Adriani ajouta :

— Eh bien ! elle demeure assez près du Prater et occupe une partie de Thôtel de MM. de Miilberg, nos banquiers , nos correspondans , et dont l'aîné même est le subrogé-tuteur que lui avait choisi la famille de ma mère.

■^Ime d'Hauteville entra dans le moment. Adriani salua, prit rapidement congé ; et la mère, qui avait entendu les premiers mots de cette conversation interrompue, se prit à sourire dès que le jeune homme fut parti.

— Il ne dit pas tout, l'étourdi', commença-t-elle en s'asseyant près de son fils. Il fait ici le bon frère j mais sa présence est loin d'avoir un si grand désintéressement personnel.

— Et que voulez-vous dire?

— On ne trompe guère les yeux d'une mère quand il s'agit de la surveillance de sa fille. Mais comment la trouves-tu, notre Eugénie?

— Charmante, dit d'Hauteville, que la grâce naissante de sa sœur avait en effet beaucoup frappé, mais qui était alors d'autant plus disposé à louer que chaque mot le rassurait un peu, que chaque minute le faisait renaître à quelque espérance.

— Oui, Eugénie est belle et modeste, poursuivit complaisamment sa mère. Et jamais la ressemblance de mes deux enfans ne m'avait charmée autant que depuis que la sœur a atteint sa seizième année.

Page 1