‹ Fragoletta, Nouv. édChapitre 136 sur 226 · CHAPITRE XI. M · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI. M

visage sur ses deux mains , elle se pencha vers son frère , comme pour se dérober à son regard , et tomba, à demi défaillante, sur l'épaule de son protecteur.

D'Hauteville avait tout compris. II en savait, sur le secret et les dangers de la jeune fille , plus qu'elle n'en soupçonnait elle-même, et, en la contemplant avec pitié et admiration , en la voyant si faible et si belle, il résolut de ne confier son sort, le soin de son avenir et sa protection qu'à lui seul.

— Écoute, Eugénie, dit-il , il faut que tu me promettes, que tu me jures que je serai toujours ton confident.

Elle promit.

— Tu pourrais rester innocente, vois-tu, et commettre pourtant une faute irréparable I

Il l'effraya ainsi sur sa sécurité téméraire, lui parla en termes méprisans du singulier honneur de quelques hommes, mit sans ménagemens un hideux tableau sous ses yeux , et ensuite , la relevant comme aurait pu faire un père et lui montrant dans sa jeune vertu toute la confiance d'un ami éprouvé , il lui fit répéter qu'elle ne lui déguiserait jamais , pendant un seul jour, ses résolutions ni ses senlimens.

Eugénie sentait que ce noble cœur était son refuge. L'instinct de son bonheur lui enseignait en même temps que l'avenir dépendait deux fois de la volonté ou des senlimens de dHauteville , et avec cette pudeur qui est la honte des anges, si les anges rougissent, elle prit la main fraternelle et la baisa : c'était le nouveau gage de son serment.

— Monsieur , dit Bernard, c'est un notaire de la rue de Grammont.

D'Hauleville, surpris, reconnut cependant tout de suite à l'air officieux et dévoué de l'homme public qu'il ne s'agissait point pour sa mère ni pour lui d'affaires litigieuses ou de réclamations de créanciers. On lui apportait un testament dont il prit lecture ; et Eugénie étant sortie, il apprit avec attendrissement

et embarras que M"^^ de T l'avait institué légataire

universel de ses biens.

— Vous voyez, ajouta le dépositaire de l'acte, qu'elle s'est crue bien libre de vous enrichir, puisque nous ne lui connaissions aucun parent dans le besoin ou qui lui fût recommandé par des alliances éloignées.

— Je vois, répliqua d'Hauteville, que je puis choisir entre posséder et donner en son nom. Je ne trahirai point sa confiance et je disposerai de sa fortune comme je pressens qu'elle eût fait elle-même si mes conseils avaient pu lui arriver. Jusqu'au terme de ma propre vie, je garderai cette petite propriété de Flavières, achetée sous mon nom dans un département éloigné^ mais, pour le reste, j'espère que vous ne refuserez point de m'aider vous-même à retrouver ceux des parens que l'héritage concerne.

— Il faut avant toute chose prendre possession, dit le notaire. Je vous engage à passer ce matin même à mon élude et de là chez le banquier chargé de faire valoir les fonds de celte succession jusqu'à l'arrivée du légataire.

C'était une occupation pour son esprit inquiet, un

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