‹ Fragoletta, Nouv. édChapitre 157 sur 226 · CHAPITRE XII. «t · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII. «t

pas pour s'éloigner, revint et sembla, malgré son premier mouvement, solliciter du regard la confirmation de ce fait et de tous ses détails.

— Il a quitté l'Egypte, redit le narrateur triomphant. Et même il est débarqué à Fréjus, et même il est débarqué à Paris !

— Fort bien! dit le Suisse aux cheveux blonds : voilà qui est plus complètement [fabuleux. Vous auriez du talent pour continuer les Contes arabes^ monsieur, et finir Ihistoire de Sinbad le marin. Et son armée d'Egypte.? et la croisière des Anglais? et le temps de faire quarantaine à Toulon?

— Son armée d'Egypte? il l'a laissée à Kléber. La croisière des Anglais ? Nelson est si occupé sur les flots de la Yénus pudique qu'il a enlevée à l'ambassadeur de JVaples que la frégate française a passé une belle nuit entre les jambes de l'amiral. La quarantaine exigée pour les voyageurs de l'Orient? Bonaparte ne Ta pas faite.

— 11 nous apporterait donc la peste ?

— Peut-être ^ mais il vous l'apporte du moins avec la vivacité d'un télégraphe, et il arrive sous les murs de Paris comme un boulet de canon.

— Tant mieux ! tant mieux ! Heureux retour ! répéîèrent presque en chœur un assez grand nombre de personnes, parmi lesquelles se remarquaient l'enthousiaste Boulaye (de la Meurthe) et certain diplomate, jadis abbé, qui se balançait en ce moment avec complaisance sur la meilleure de ses jambes.

— Il sauvera la république, ajouta un colonel.

— Si la république avait besoin d'être sauvée, dit

Laréveillére, ce serait peut-être des complots d'un chef militaire.

— A'^ous voilà bien, dit le malin boiteux, avec vos inquiétudes exagérées, vous autres républicains du Portique I Bonaparte ambitieux I lui qui ne prend dans ses ordres du jour que le titre modeste de membre de l'Institut ! lui qui déteste le luxe et l'éclat î qui n'aime que les poésies d'Ossian, parce qu'elles détachent de la terre! Il faudra le solliciter pour l'arracher à sa studieuse retraite. La France entière sera libre, messieurs, mais lui ne le sera peut-être jamais !

On ne sait ce que pensait en articulant une telle apologie le personnage qui a déclaré depuis que la parole avait été donnée aux hommes pour déguiser leurs sentimens*, mais Aréna, qui l'observait déjà avec des yeux pleins de colère, parce qu'il croyait deviner qu'il avait été secrètement instruit de ce retour et qu'il l'avait peut-être sollicité lui-même par ses lettres, crut remarquer que le négociateur, tourné alors du côté de l'abbé Desrenaudes, son féal confident, lui montrait du bout du doigt sa propre langue, dont il gonflait sa joue à la manière des écoliers.

— Ce que vous dites là, répondit Laréveillére, est bon tout au plus dans un discours d'apparat ou à faire accroire à des niais par le mystificateur Musson ; mais quand les augures sont en présence, que diable, mon cher ami, ils ne se moquent pas les uns des autres!

— Serait-ce le premier ambitieux, fit observer d'Hauteville, qui eût commencé par être probe? Pour

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