CHAPITRE III
petit état-major, où figuraient Angiolino, Sciarpa, de' Césari , brigands célèbres , à qui iî promettait le pillage et le paradis ^ et tantôt , au milieu des enfans et des femmes, il prêchait au nom de Dieu la vengeance, sans descendre de sa monture, laquelle, durant l'oraison, paissait sobrement les pointes verdoyantes delà réglisse, qui couvre partout cette terre sauvage.
Fabrice Ruffo avait organisé une espèce de résistance dans celle partie éloignée du royaume. Pour recruter sa cavalerie grossière, il était allé lui-même chercher, le long des marais inabordables qui s'élendent maintenant sur la plaine où fut Sybaris, de petits chevaux mutins et vigoureux; il avait fait couper plusieurs ponts de bois servant au passage du Gratis et de quelques autres lorrens, et lui seul s'était rendu les communications possibles en entretenant sur le bord dont il était le maître, \\n batelier d'espèce nouvelle. C'était un chasseur ou un pâtre dont le cri aigu faisait sortir de la fange voisine deux bufiîes qui venaient s'atteler à une charretle. Des roues élevées soutenaient un étage de planches^ les énormes buîïïes liraient celle barque roulante, et l'on s'y hasardait, tenant les chevaux à la nage par la bride, au risque de verser et de se noyer cent fois.
Mais ce que le cardinal avait su faire avec le plus de succès, c'était d'établir de mystérieux rapports avec les hommes violens répandus dans les cilés, les hameaux et jusque sous le chalet des montagnes. Chaque ennemi de Ferdinand avait pour ainsi dire un espion à ses côtés, une ombre qui n'attendait que
Tordre de le frapper. On sent que les secrets de la pénitence donnaient beaucoup d'avantages à cette inquisition exercée par un prêtre, et par un prêtre déjà si élevé dans les dignités de l'Église qu'il entendait quelquefois ses partisans l'appeler par distraction Sa Sainteté.
D Hauteville, qui un soir avait quitté la maison de Lillo pour une reconnaissance qui devait le retenir absent deux jours, y put rentrer presque subitement par un contre-ordre de son général ^ mais les paisibles habitans de cette demeure étaient retirés, et il était déjà assez tard pour que leur hôte craignît de troubler leur sommeil. D'Hautevilie avait donc regagné silencieusement la partie de ce petit palais qui était sa résidence , trop heureux de son retour pour penser lui-même à prendre quelque repos. L'air était doux, la nuit pure, le printemps commençait à effacer la dernière neige qui avait à peine effleuré les hauteurs de la Somma , et d'Hauteville, appuyé sur le balcon de sa chambre sans lumière , laissait errer ses yeux sur les jardins étendus à ses pieds. Il pensait avec langueur au temps qui devait encore s'écouler avant de revoir Camille.
Il crut voir une ombre se mouvoir à travers des chênes verts. Il regarda de nouveau, puis se relira dans le fond de Tappartemcnt et revint enfin passer un quart d'heure derrière la jalousie, qui pouvait le dérober à tous les yeux. Il descendit ensuite dans les jardâns , et il en fit le tour sans avoir rien trouvé qui juslifiût ses premières idées. Il n'y remarqua qu'une pauvre jeune fille, espèce de servante élevée par les