CHAPITRE III
charitables soins de Camille et dont la santé presque détruite inspirait une profonde pitié. On la nommait Léona : elle était d'une pâleur, d'une maigreur extrêmes, et ses yeux seuls brillaient quelquefois par intervalles d'un éclat singulier^ on la disait sous l'influence d'un sort ou piquée à son insu par l'affreuse araignée de Tarente. Ses parens l'avaient en vain conduite au pied de plusieurs madones , l'avaient soumise à des épreuves de pèlerinage , à des danses fatigantes et mystérieuses, rien n'avait dissipé son mal. Pour dernière marque d'intérêt on lui laissait une liberté entière , et elle errait le jour, quelquefois la nuit, dans la campagne : elle paraissait avoir une sorte de prédilection pour la nuit. D'Hauteville passa sans la troubler près du banc où elle était assise, et il allait se retirer lorsqu'un peu de bruit entendu dans l'appartement de Lillo lui fit hasarder d y frapper doucement. Le vieillard s'empressa de le recevoir.
D'Hauteville ne lui parla que de sa mission révoquée, de l'état des affaires politiques et vaguement de ces sourdes haines qui couvaient dans quelques caractères italiens.
— Vous connaissez-vous des ennemis , mon cher hôte ? dit-il enfin sans paraître attacher une grande importance à cette question.
— Je suis presque inconnu ici, je n'ai fait de mal à personne , et le peu de sequins que je possède ne tentera les malfaiteurs d'aucun parti.
— Le fanatisme est parfois à craindre autant que la cupidité. Mais nul habitant de cette contrée, n'est-ce
pas, ne vous témoigne de ressentiment ni de désir de vengeance ?
— Je n'ai rencontré de malveillance que dans un seul homme, et ce hasard m'a été d"aulant plus pénible que j'attendais de lui des consolations. Tous autres Français, vous êtes toujours un peu disposés à Yous moquer de nos dévotions • mais que voulezvous ! espérer ou craindre pour Taulre vie occupe les loisirs de celle-ci, et j'ai besoin comme un autre de recourir quelquefois à mon confesseur. Je m'étais adressé à un moine qui jouit ici d'une réputation de zèle : croiriez-vous qu'il a repoussé avec dureté l'aveu de mes fautes ? Quelques mots qui lui sont échappés me font croire qu'il aura reçu sur mon compte des renseignemens empoisonnés, ou que, dans un ancien séjour qu'il aurait fait, à ce qu'on dit, en Sicile, j'aurais blessé ses intérêts ou sa vanité, sans le remarquer, au m.ilieu de ses innombrables confrères.
— Tous nommez cet homme ?
— Savérelli.
— Oh ! celui-là n'est pas dangereux. N'est-ce pas ce moine cependant qui fait des miracles.^
— Le crédit qu'il avait tombe un peu depuis que son écriture a été reconnue dans cette fameuse lettre... vous vous souvenez... que portait le crucitix des remparts.
— C'est aussi lui, je me le rappelle, que nos soldais ont trouvé déguisé un jour. Et vous pouvez consulter un tel hypocrite, placer votre confiance en ce comédien sacrilège 1