CHAPITRE XHI
— Mais il nous défendrait peut-ôlre au dehors, dit indifféremment Barras.
— Pour vous écraser au dedans. N'avons-nous pas d'autres généraux pour nous défendre.^ Battre Souwaroff, par exemple , est déjà un autre mérite que d'avoir triomphé de M. Wurmser et de M. Alvinzi. Masséna a quinze pieds de plus que Bonaparte ! Et ne vaudrait-il pas mieux être vaincus que laquais.^ Bonaparte, s'il le pouvait, réduirait les Français à ce rôle. Il aurait dans la main l'humanité tout entière, voyez-vous , qu'il la rapetisserait ou la tuerait pour la faire servira son égoïsme. Au nom de Dieu, Paul, écoutez-moi. J'ai déjà été une fois l'ange gardien de la république-, je l'ai sauvée une fois de l'horreur des échafauds... laissez-moi la préserver des horreurs de la guerre et de la tyrannie.
Elle se mit à genoux, ses cheveux se dénouèrent, son sein était palpitant , presque toutes les personnes présentes secondaient son mouvement , imploraient des ordres que Gohier et Moulins auraient approuvés sur-le-champ et avec joie... Les yeux de Barras s'animèrent.
— Est-elle assez jolie comme ça ! regardez donc , messieurs, dit-il.
La suppliante, qui savait pratiquer de la pudeur tout ce qui rend la réserve plus piquante , se leva brusquement, s'enveloppa d'un schal et alla bouder à l'autre bout de l'appartement.
Alors un chevalier de Morande, qui n'entrait jamais au Luxembourg que par les portes secrètes et avait