CHAPITRE XIII
propose à moi de prendre le gouvernement français pour compte d'amis. Je ne me soutiendrais pas avec de pareils commanditaires.
» Pour les terroristes, ils sont passés de mode, mon pauvre Chapsal : il n'y a plus rien à faire avec eux, si ce n'est la guerre civile^ et grand bien vous fasse! moi, j'ai donné ma démission.
)) J'espère que la faction desépauletiers n'osera toucher à Tarche sainte de notre constitution ; mais, ma foi, si les généraux, qui pour l'ordinaire ne sont pas de fortes têtes, s'entendaient pour nous supplanter, je crois qu'ils y parviendraient. D'abord, ils seraient mieux écoutés que nous pour traiter de la paix avec les puissances. Les habitans de nos frontières, éternellement menacés, respireraient^ Bonaparte a de la vigueur, de la contention dans lesprit ^ on ne l'aime pas, mais on l'admire : il a déjà secoué le joug des parallèles, et ma foi ))
Et en disant ces mots, qui étaient l'aveu de sa chute, le directeur s'endormait. A la profonde stupéfaction de ses auditeurs , sa tête politique se pencha sur
sa poitrine, et M"^^ T fut obligée de lui faire
respirer son bouquet d'éhliotrope et de tubéreuses.
— C'est singulier 1 dit-il, quand je n'ai pas pris un bain dans la matinée, mes digestions sont laborieuses. Ah! çà, messieurs, faisons donc quelque chose qui nous amuse ? à demain les affaires sérieuses, s'il vous plaît.
— Est-ce parce qu'Alexandre vient immédiatement derrière vous, dit la sultane favorite, que vous parlez
ne Fi'vAGOLETTA.
comme Philippe de Macédoine, M. Barras de Marseille ?
— Ah! vous savez l'histoire, ma chère I Dieu, que vous savez de choses ! Eh bien, rappelez-vous que la gente Agnès résolut de quitter, pour son glorieux rival, le pauvre sire qui se laissait détrôner. Il faut vous rendre votre liberté, si vous voulez être princesse.
— Soit-, et je serai moins embarrassée, dit-elle, de ma liberté que vous de la vôtre.
Elle s'éloigna sans dépit, sans affectation : mais sans esprit de retour. Et elle avait à peine disparu que le pacha, ôtant de ses doigts quelques diamans d'une valeur considérable, les plaça au fond de chacune des tubéreuses composant le bouquet qui lui était resté, et confia l'ambassade au chevalier de Morande pour la faire agréer à Eugénie.
Déjà une grande partie des convives s'était retirée. Le révolutionnaire avait été le premier : après lui les deux étrangers.
— Les républicains seuls, avait dit l'un, étoufferont la république. Les révolutionnaires finiront la révolution : cela s'opérera ainsi ou ne s'opérera jamais
Les femmes et les hommes les plus jeunes étaient seuls demeurés là dans la familière attitude des habitués. Eugénie, que rien n'intéressait où Adriani n'était pas, avait fait à son frère, et à plusieurs reprises, des gestes qui lui demandaient à partir. Mais l'espérance de retrouver le moment de placer la requête qu'il avait à faire et de demander la faveur qu'il