‹ Fragoletta, Nouv. édChapitre 176 sur 226 · CHAPITRE XIV. M · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV. M

— C'est donc moi qui serai le messager? dit d'JIauleville.

— Les paquets sont déjà partis ^ voilà les lettres promises.

Il ne fut pas possible de déterminer Adriani à en écrire une de plus sous les yeux ded'Hauteville, pour un certain Conrad que le jeune homme lui recommandait de prendre comme un domestique de place intelligent et adroit, et que le Français devait trouver à certaine auberge. Il persista à dire que son nom suffirait pour assurer le dévouement du serviteur.

Adriani avait serré promptement quelques papiers épars sur la tablette d'un secrétaire, mais non si promptement que d'Hauteville n'eût reconnu sens le vouloir plusieurs lettres portant le timbre de Naples et ne crût distinguer sur une feuille entièrement ouverte une écriture confusément connue. Était-ce celle de Lillo.^ N'était-ce point celle de Savérelli ?

Tout cela pouvait-être naturel, à cause des rapports entre le frère et la sœur ^ la délicatesse interdisait toute question. D'Hauteville eût bien désiré obtenir d'autres renscignemens sur une foule d'objets. Mais interroger alors supposait dans son voyage une certitude de succès dont sa modestie et son amour même étaient loin de le flatter. Il prit donc congé sans avoir hasardé ces explications , mais non sans avoir eu avec sa mère et Eugénie un important entrelien.

Cet entretien décida M'^^ d'Hauteville , toujours malade , à renvoyer Julienne et à ne point recevoir Adriani durant l'absence du major. Eugénie se rési-

gna et ne fit à ce frère , toujours animé de bonté et de sollicitude pour elle, qu'une seule question : uReviendras-tu bientôt?» D'Hauteville partit sans avoir osé répondre.

L'hôtel qu'occupaient Eugénie et sa mère possédait un de ces luxes de si bon goût, devenus rares de nos jours : c'était un jardin planté d'arbres et couvert çà et là de pelouses verdoyantes où fleurissaient, distribués par bouquets , des rosiers de toutes les contrées. C'est un lieu de caractère tout spécial, un étroit Eden particulier qu'un jardin au milieu de Paris. Ce coin, réservé à la végétation entre les bâtimens destinés à nos industries ou à nos théâtres, a sa température à lui comme ses habilans. Ordinairement le lierre déguise assez bien les bornes de l'enclos; quelques capillaires dentelés couvrent le chaperon des murs du nord et l'éclairé à corolles jaunes s'attache au pied. Vers l'exposition du midi, quelques abeilles perdues bourdonnent dans un rayon de soleil. Des familles héréditaires de moineaux régnent du haut de ces pots de fleurs hospitaliers destinés de tout temps à recevoir leurs couvées, et on les voit par milliers venir effrontément s'abreuver dans des bassins entourés de gazon. L'allée la plus déserte est presque toujours habitée par un merle craintif; une fontaine répond par son murmure aux clameurs de la cité, au bruit affaibli des carrosses-, et quelquefois enfin, en avril, comme pour remplacer ces corbeaux qui rôdaient Thiver près des colonnades, tourbillonnaient sur les hautes cheminées des grands hôtels, autour des flèches neigeuses de nos églises, il vient un couple blanc de co-

Page 1