CHAPITRE II[. aO
— Mieux vaut croire le faux, mon ami, que ne rien croire du tout.
D'ÏIauleville sourit et se retira alors en pressant la main de Lilio; mais à ce sentiment d'affection il se mêlait un peu de pilié. Le Français s'éloigna avec le projet d'aller reposer, et pourtant quand il fut seul il résolut de ne point se livrer au sommeil. Ce que lui avait dit son liôJe et les recherches inutiles que luimême avait commencées autour de l'habitation ne lui avaient pu rendre toute sa sécurité. Il se disait que le seul soupçon d'un danger l'obligeait à veiller sur un vieillard et sur une femme, et il s'établit sur deux chaises en face du jardin même, qu'éclairait faiblement la lune. Là , ses armes placées à côté de lui, il 8'abandonna aux rêveries habituelles de son caractère.
Il entendait Léona qui, en se retirant, chantait ou plutôt murmurait à voix basse quelques-uns de ces refrains si connus dans les Abbruzes :
« Il m'a promis trois aiguilles d'or pour relever mes blonds cheveux ! J'aurai à mon col huit rangs de corail, des barroques à mes oreilles, une turquoise à mon anneau de noces.
» Ses parens viendront pour nous faire honneur. Les voilà! Point de souliers à leurs pieds, et rien sur la tête. La nourrice apportera à la mariée une belle poche toute pleine de châtaignes!
)) Oh I regardez le tablier brodé qu'il m'a acheté à la foire de Sulmone ! Il m'a promis trois aiguilles d'or pour relever mes blonds cheveux 1 ^)
3Ialgré les efforts de dHauteville, ses yeux s'appesantirent. Il y avait une heure qu'il était livré à cet assoupissement qui n'est ni le repos ni la veille lorsqu'il crut entendre quelques sourds gémissemens. Il se leva , saisit fortement son épée par un instinct militaire et écouta en respirant à peine pour juger de la fidélité ou de Terreur de ses sens. Il distingua le bruit de sa porte s'ouvrant avec lenteur. Quelqu'un essayait d'arriver jusqu'à lui : c'était Lillo, sanglant et qui prononçait le nom de d'Hauteville en implorant des secours.
En quelques minutes, les serviteurs furent avertis, dix flambeaux illuminèrent cette demeure et d'Hauteville avait déposé sur son propre lit son hôte; Camille pleurait sur les mains du vieillard , et d'Hauteville parcourait les appartemens et les moindres réduits de cette enceinte, pensant à venger son ami.
Les assassins n'avaient laissé aucune trace , Lillo ne pouvait ou ne voulait parler^ et dès que Tappareil fut posé sur ses blessures, il fit signe qu'on allât chercher un prêtre.
Le plus vieux des domestiques, riionnèle Salvator, se mit en devoir d"obéir. On lui indiqua une maison assez retirée, bâtie du côté de la mer ; et , après de longues attentes, beaucoup d'efforts et de persistance de sa part, il parvint à s'en faire ouvrir la porte.
— Pourquoi venez- vous me chercher? dit le religieux auquel il parla. Pourquoi est-ce moi que vous \enez chercher ?
— Seigneur, il y a une heure que je frappe ici en vain. Je demande les sacremens pour mon maître.