‹ Fragoletta, Nouv. édChapitre 20 sur 226 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

— Est-ce qu'on confesse les jacobins et les impies quand ils sont trépassés ?

— Mon bon maître n'est pas mort, seigneur. Vous saviez donc qu'il a été blessé?

— Blessé! dit le moine, que voulez-yous que j'y fasse ?

— Que vous veniez réconcilier avec Dieu un chrétien qu'ils ont massacré.

— Et en suis-je cause? Retirez-vous : vous vo\ez bien que je suis couché.

Le domestique fut interdit de ces paroles de la part d'un homme qui le recevait debout sur Tescalier de sa maison \ mais il expliqua ce (rouble naturel par rémotion que causait à tout le monde le malheur de Lillo.

— Et ne pas savoir, ajouta Salvator, quels scélérats ont commis une pareille action !

Le moine, s'apercevant de l'incohérence de ses propres idées , se disposa à suivre le domestique. Il semblait qu'une réflexion subite l'eût décidé à celte condescendance.

Quand la chambre de d'Hauteville s'ouvrit pour laisser entrer le confesseur , Lillo reconnut le mémo homme qui avait été l'objet d'un entretien dans cette nuit dernière. Le regard de Savérelli était fixé vers la terre ^ il entra avec précaution , et se plaçant , les mains jointes, à quelques pas du blessé :

— Que la paix, dit-il, soit avec vous, mes frères !

— Vous êtes bien pâle , mon père , dit d'Hauteville , asseyez-vous. Et pendant qu'il lui avançait un fauteuil, celte figure noire lui rappela un instant et

comme malgré lui l'ombre qu'il avait cru voir fuir à travers les arbres.

— Il faut pardonner, se hâta de commencer le moine, il faut pardonner à Fhomme, aux hommes que les excès de la guerre ou la misère peut-être ont conduits à cette action.

— Et pourquoi supposez- vous qu'il s'agisse d'hommes de guerre? interrompit le Français. Nos soldats sont-ils des lâches pour frapper un ennemi sans armes et endormi.^ Avez-vous donc sur le meurtrier quelques renseignemens? Connaissez-vous

— Je ne connais que mon devoir et la charité, dit le prêtre sans regarder personne.

— Qui pardonne à l'homicide assassine, ajouta d'ÎIautevilie, et les agens de Ruffo seraient bien plus capables d'une pareille action que personne.

— Qu'on nous laisse seuls, monsieur, dit le moine, affectant la piété et la discrétion.

Sa Révérence paraissait pressée d'en finir, et l'effet de l'air froid de la nuit sans doute sur une personne éveillée en sursaut lavait fait tressaillir plusieurs fois.

Camille entraîna d'Hauteville , mais celui-ci s'obstina à ne point dépasser la distance de la pièce prochaine. Les portes, restées ouvertes, permettaient de voir le malade sans que le bruit de ses paroles pût arriver jusque-là. Ce sentiment, que Savérelli devina, commença entre d'Hauteville et lui une de ces haines qui ne finissent qu'au tombeau.

Savérelli demeura peu d'inslans , et quand il parut

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