‹ Fragoletta, Nouv. édChapitre 21 sur 226 · CHAPITRE HI · texte numérisé non relu

CHAPITRE HI

avoir rempli son ministère, Lillo était évidemment plus affaibli, plus soutirant, plus découragé.

En se retirant, le moine passa près de Camille, et au moment où sa robe effleurait le vêlement de la jeune fille, il laissa échapper de ses lèvres un seul mol, presque inintelligible.

— Que vous a dit cet homme? demanda d'Haule- \ille.

— Rien : mais je crois l'avoir déjà vu autre part.

Lillo ordonna à tout le monde de s'éloigner, excepté à dllautevillc et à Camille, puis, dès qu'ils furent seuls, il leur dit :

— Mes enfans, je vais mourir. Ne vous faites aucune illusion sur mon sort, et quand vos bons soins, dont je suis touché, prolongeraient encore ma vieillesse de quelques journées , je ne dois pas différer de vous confier quelques secrets et toutes les espérances que j'ai placées en vous , car je ne vis plus qu'en vous .

D'Hauteville, approchez : vous aimez Camille, n'est-ce pas ?

— Oui, monsieur, dit le jeune homme en rougissant, et mon bonheur serait de l'obtenir de vous.

— Je m'attendais à cette franchise : oui, mon ami, c'est moi seul en efTet qui puis faire votre bonheur et, j'espère aussi, le sien. Aussitôt que j'ai pu apprécier votre caractère, j'ai formé des vœux pour voir naître le sentiment qui vous unit-, je l'ai favorisé même autant que la vertu pouvait le permettre, et vous jugerez tout à l'heure si mon indulgence était de l'égoïsme.

— Seigneur, dit Camille, au nom du ciel

— Ne m'interromps pas. J'ai cru reconnaître en lui le protecteur que le ciel le destine. Et que deviendrais-tu quand je ne serai plus là ? Il te faut un guide, un époux, une patrie peut-être, puisque les révolutions qui s'agitent peuvent t'enlever la tienne. D'Hauteville et la France, voilà cet époux et celle patrie. Acceptez-les de ma main, Camille j laissez-moi encore disposer de vous , afin d'assurer au moins une fois votre félicité.

((Ne prenez point, mon cher ami, celte froideur et rétonnement qu'elle montre pour de l'éloignement pour vous. J'ai sondé ce jeune cœur : ouvert à peine à Texistence, je ne vous dirai pas qu'il répond déjà à toute la tendresse du vôtre... mais Camille a de l'estime et du goût pour vous • sa fortune est honorable, et cette union ne peut manquer d'être heureuse sous les auspices où elle sera bientôt formée. »

Camille alors, penchée en pleurant sur le sein de Lillo , l'enchaînait de ses bras avec une sorte de résistance convulsive, comme si son vœu , son énergique volonté, devaient combattre la mort.

— Ces pleurs, poursuivit Lillo, pourraient vous faire pressentir une partie de la vérité , d'Hauteville, une moitié des secrets que j'ai à vous dire , si ces secrets étaient moins étranges, si la vérité était plus vraisemblable. Je suis bien vieux; Camille finit à peine sa quinzième année, et cependant celle aimable enfant est autre chose que ma fille.

D'Hauteville ne put réprimer un geste de surprise.

— Ma femme , poursuivit le vieillard. L'élonncment du Français devint extrême , et Ca-

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