CHAPITRE XVI. Ï
celle communaïUé, el voire retraite un peu anticipée vous offre quelque chance pour un salul qui devenait incertain. La vie éternelle d'ailleurs en échange de quelques jours de vanité, c'est un marché excellent. Qu'avez-vous à me dire?
— Le monstre I ce n'est pas pour sauver mon âme qu'il vous envoie ^ c'est parce qu'il a peur. Il a peur que je ne me lève de ce lit, où je suis si mal, et qu*au milieu de cette cérémonie où sa nièce viendra me voler ma place, je ne paraisse dans l'église avec mes draps troués pour redemander mes honneurs.
— On vous a rendu tous les honneurs que vous pouviez désirer, dit le moine. Voire convoi a été superbe! N'avez-vous pas entendu d'ici la messe en musique et les psaumes?
— Je n'entends que les vents de la côte qui battent contre ces vitraux. Des moucherons malfaisans voltigent tout le jour dans le rayon de soleil qui brûle mon lit, et sur le plancher de cette cellule, la nuit les reptiles se disputent le pain qu'on me laisse. Le cortège a donc été bien beau! On le devait à la veuve d'un gentilhomme, une victime de celle révolulion maudite. Me regrelte-t-on du moins ? A-t-on pleuré ma mort?
— On a brûlé quatre cents cierges et dépensé mille ducats : que voulez-vous de plus?
— L'absolution, mon père, et, s'il vous plaît, un peu d'eau.
— C'est par pur zèle au contraire, par charité seule qu'on m'envoie et parce qu'on vous honore, car vous êtes barricadée, ma sœur, dans celte partie
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éloignée du cloître, et on aurait pu s'assurer de votre obéissance avec les cordes que j'aperçois sur ce prie- Dieu.
Le saint ministre pensait à conseiller cette précaution à son confrère, et depuis qu'il avait trouvé des portes ouvertes : « Il y a là, réfléchissait-il, plus de risques à courir qu'on ne le suppose et plus d'entêtement à vivre que le médecin ne l'a jugé, w
— Vous, dit Guirlandaïa, qui êtes-vous, mon père? Votre voix me trouble.
— Je suis un homme pressé, dit le moine; nous irions un peu plus vite si vous vouliez.
— Elle me trouble! répéta la malade, se parlant à elle-même.
Puis la faiblesse de sa tête l'empêcha de s'appesantir sur la même idée. Elle parla de la Sicile et de ses pauvres parens. Le moine, excédé du métier qu'on lui faisait faire, se lassa vile de quelques efforts inutiles pour rappeler les esprits de la malade, et se disposa à sortir. D'Hauteville, attentif un instant, ne s'occupait plus de son côlé qu'à chercher un moyen de s'éloigner sans bruit. Le nom d'Adriani, prononcé tout à coup plusieurs fois par la mourante, rappela en même temps l'attention des deux auditeurs. Le moine entendit ce nom avec une émotion singulière.
— Et que voulez-vous dire? demanda-t-il d'une voix affectueuse.
Mais la raison de la mourante défaillit encore.
— Ne les croyez pas, dit-elle ; ce sont des envieux ! Mon aïeul était Vénitien et de grande naissance. Ne
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répétez plus ce nom de Aa7ina, et je voub donnerai mille sequins.
— Adriani? Adriani? répéta le moine.
— Ah î voilà I dit la marquise j voilà ce qu'il faut confesser.
— Tous aurez l'absolution si vous êtes sincère, dit le confesseur, qu'un vif intÛTùt personnel faisait rentrer à demi dans le caractère de son état.
— Aimer est donc bien doux, mon père, si alors même qu'on aime seul
— ]*arlezdcs fautes que vous avez commises. Qui donc avez -vous connu sous le nom d'Adriani?
— Une femme. Elle était le modèle de toutes les femmes, pure comme nous devrions nous conserver toutes I Elle inspira une passion à] un jeune prêtre, un homme
L'abbesse soupira, et le confesseur se tint penché vers elle pour écouter attentivement.
— l^es armoiries, n'est-ce pas, ont été placées sur le drap noir?
— Sans doute. Un homme, disiez-vous
— Capable de perdre sa victime et lui-même. Pendant qu'il faisait d'inutiles vœux et mille projets contre rétrangère, dont le mari s'absentait souvent de
Messine, la pauvre fille d'un pêcheur l'avez-vous
connue.^ était amoureuse du prêtre. Il ne la remarquait seulement pas! Il ne voyait que celle dont il était méprisé.
— Eh bien?
— Eh bien! Savérelli, puisque vous savez maintenant son nom, était capable de tout. La pauvre ser-
IIJO FKAGOLETTA.
vante pour sauver Thonneur, peul-êlrc la vie de
cette dame et pourquoi le dissimuler ici?
excitée par quelque sort qu'on lui avait jeté fit
écrire au prêtre comme si elle était la femme de l'artiste^ elle lui donna un rendez-vous, plusieurs rendez-vous Quel était le plus coupable des deux?
— Au nom de l'enfer, achevez 1 Plusieurs rendezvous.....
— Dans ces cavernes qui bordent la côte de la Morgane, et le prêtre se crut heureux aussi de devenir parjure à Dieu et aux hommes.
Le confesseur sembla réfléchir, et quand il voulut interroger :
— Ce n'est pas tout, interrompit sa pénitente, conservant une lueur de raison suivie. Le retour du mari ou de sévères conseils firent éloigner ce prêtre^ mais il sut que réponse allait devenir mère, et dans sa présomption insensée, il s'attacha à lenfant qu'elle mit au monde au point de commettre un crime pour lui. Cet enfant était le second, une fille. Son frère, plus âgé de quelques années, fut confié à un ami de cette famille pour être élevé en pays étranger, chez les parens, je crois, de la mère. Savérelli, pour conserver à celle qu il croyait sa fille la fortune des ancêtres, aposia des bandits sur la route afin d'enlever le jeune garçon, le faire périr ou du moins le perdre au milieu des montagnes de la Toscnne.
— Et qu'est-ce que cette fable a de commun
avec vos remords? dit le moine, paraissant rassuré. Qui donc a pu vous raconter de tels détails?
— Un homme, dit la marquise avec autorité, qui