CHAPITRE XVll
famille que je ne connais pas. Mais que vous restct-il à éclaircir? C'est moi qui suis Toffenseur : c'est moi qui vous rendrai raison.
— Quand? reprit d'Hauteville. Car je pense que nous ne sommes pas venus ici pour discourir.
Deux épées demi-cachées sous le manteau d'Adriani brillèrent, et il les posa sur la roche; puis et presque au même instant il les couvrit sans afl'ectalion de son bras étendu , car on entendait les pas de plusieurs personnes : elles se rapprochaient on suivant cette roule, habituellement déserte, qui passe au pied des tombeaux de Virgile et de Sannazar pour aboutir à l'église de Santa-Maria del Parto.
G était une noce de pécheurs -, elle descendait joyeusement le long de la grève, et à la vue des étrangers , la troupe se crut obligée de signaler bruyamment son allégresse : les fifres résonnèrent:^ les matelots, parés de rubans, tirèrent plusieurs coups d'escopetle, et une jeune enfant de douze à treize ans s'avança vers d'Hauteville et son compagnon avec des bouquets de câprier bleu qu'on a coutume d'oiîrir en celte circonstance à ceux que la noce rencontre en se rendant à la chapelle.
— Que la sainte Madone vous soit en aide, dit la jeune fille sans trop baisser les yeux, et qu'elle accorde à chacune de vos excellences sa bien-aimée promise.
Le major, qui s'était rapproché de son adversaire pour éviter d'inspirer quelque soupçon sur leurs desseins, offrit une piastre à la jeune fille. Adriani lui fit le même présent et ajouta :
— Pour acheter un corset de velours et une épingle
dorée, petite. Et où donc allez-vous les marier si malin?
— Au couvent des Camaldules, excellence. Il en coûte moins cher avant le commencement des offices. Au revoir! ajouta-t-elle, courant déjà vers ses compagnes et agitant sa main légère à la hauteur des yeux pour saluer les étrangers.
La jeune Hlle, dans les deux personnes qu'elle avait surprises et dont Tune songeait encore aux intérêts d'une vie qui se fût enchantée par les espérances de Tamour et dont l'autre priait peut-être pour son ennemi, n'avait vu que deux jeunes seigneurs attendant là de joyeux compagnons à un rendez-vous de plaisirs ou de fête. Elle leur porta envie en s'éloigna n t.
Quand l'écho n'apporta plus que les sons affaiblis des inslrumens :
— Ainsi, dit d'Hauteville, nous nous battrons seuls au bord de cette mer ?
Il était apaisé par la certitude du combat, et pourtant il rassemblait tous les motifs d'éviter ce combat sans gloire contre un ennemi qui lui paraissait faible.
— Oui, seuls, dit Adriani.
— Et un seul quittera ce lieu, puisqu'un entêtement que je ne puis discuter vous fait repousser les conseils de l'honneur et de la raison.
— L'honneur consiste à ne pas mourir inutile à son pays, et la raison à s'éloigner d'un péril sans honneur : elle dit que votre existence est plus précieuse (jiie la ven;icanc(' qui voui iurêle ici.
Et comme dJlaulcville . qui paraissait ne point