CHAPITRE XVII
entendre ou ne point apprécier de telles paroles, se disposait à se débarrasser de son manteau :
— Raison I ajouta Adriani avec dédain. Qu'est-ce que vous décorez de ce nom orgueilleux?
— La vertu, dit d'Hauteville , la nécessité de réparer un mal qu'on a fait. Consultez votre cœur et interrogez votre conscience-, j'en appelle à votre humanité.
— Qui vous a dit que j'eusse une conscience, un cœur et de l'humanité?
— Enfant que vous êtes, dit d'Hauteville, prétendez-vous jouer ici le rôle de quelque démon , essayer d'ébranler ma raison pour affaiblir mon courage? Je ne suis pas superstitieux, je vous en avertis. Les fascinations, les paroles bizarres échouent devant la volonté d'un soldat. Le fer d'une épée tranche bien des sortilèges.
— Je n'ai pas le projet de vous faire peur, major, — dit Adriani, souriant, — et puisque vous ne consentez pas à quitter sur l'heure cette terre inhospitalière et maudite, je ne veux pas échapper aux chances d'un combat où je place comme vous des espérances. Je demande seulement que les conditions, les suites, si vous voulez, de cette explication soient convenues et réglées d'avance.
— Expliquez-vous.
— Je veux qu'il soit promis que le vainqueur jettera la victime dans les flots ; je veux qu'il soit promis qu'il ensevelira ainsi, du moins avec quelque piété, si ce n'est avec quelque regret, celui de nous deux
qui parle, pense, agit, respire en ce moment et s'appellera tout à Theure un cadavre.
— N'avez-vous de religion que les croyances grossières de ce pays ? ou votre conscience troublée vous a-t-elle fait faire quelque vœu d'idolâtrie? ou bien auriez-vous horreur de reposer en terre sainte?
— J'ai horreur de vous faire porter le nom de meurtrier. Eh I ne voyez-vous pas bien que si le plus faible demeure sur ce chemin public, exposé aux indignes affronts de tous les regards, il sera facile de connaître et de poursuivre le vainqueur? A quoi servirait la vengeance ? Yoilà le sens de mes paroles.
Pour éviter les lenteurs de toute autre explication, d Ilautevi'ile le promit. Les yeux d'Adriani brillèrent d'espérance, et il se prépara au combat en prononçant à voix basse : « S'en souviendra-t-il? »
— Et maintenant, dit le Français, je répèle pour la dernière fois ce que j'ai dit à vous-même et à Fragolelta. Youlez-vous accomplir un devoir? Voulezvous épargner plusieurs victimes?
— Je vous donne ma vie ^ que demandez-vous ?
— C'est bien peu de chose quand on a causé tant de mal.
— Dépend-il de vous-môme de le faire ou de Téviter, ce mal ? Quel est-il ? et quelle est celle vertu dont vous parlez selon les passions et les préjugés du monde? Yos lois et vos penclians se contredisent. La liberté vous échappe en toutes choses et jusqu^au fond de votre cœur. Te me félicite de ne pas comprendre au moins ces absurdes combats et cette nature d inlirmité et d'impuissance. Qu'y a-l-il de com-