‹ Fragoletta, Nouv. édChapitre 222 sur 226 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

miin entre moi et les créatures humaines? Je ne suis pas de leur espèce. Mais rassurez-vous toutefois sur TolTense môme dont vous poursuivez la vengeance. Dût la victime avoir déjà succombé ou fût-il permis de retenir encore cet ange sur la terre, il est douteux que Toffense ait été commise. Ahl si elle avait pu l'être I

— Encore une fois, dit d'Hauteville, est-ce Tenfer qui parle par la bouche de ce fou? Comment ! lorsque la mort la plus injuste plane sur tant d'innocence

— Eh I oui , rinnocence a son danger comme rimpudeur. Tous saurez un jour ou plutôt n'apprenez jamais qu'Eugénie n'a peut-être été victime que des visions et des épouvantemens que vos pré' jugés inspirent au nom de la vertu. Vous la dépeignez si terrible dans l'enfance de la raison qu'elle devient le bourreau des consciences pures. Croire un mal accompli est comme l'accomplissement de ce mal. Pendant que vous donniez des remords à la pudeur même , pendant que vous perdiez vos propres jours dans les soins d'une vengeance stérile, qui sait si Eugénie et moi nous ne sommes pas innocens.

— Lâche I tu ne veux pas mourir, et tu plaides !

— Eh bien ! ce regret de la vie ne pourrait-il pas m'être permis ? dit Adriani. Je suis bien jeune encore.

— ^ Hélas! oui, — répliqua d'Hauteville, subitement touché par ce langage ou ramené à son insu vers des sentimens plus conformes à cet impérissable espoir qui jusqu'à la dernière heure nous console et nous trahit -, — un tel combat, dangereux pour vous, est sans honneur pour moi, Adriani. Renoncez à la mort

pîulôt qu'à la paix el à la félicilé. Par cette mort, qu'un faux honneur vous fait braver, n'élevez pas d* invincibles barrières entre le bonheur et moi. Je ne vous ai pas encore parlé de moi ; mais vous savez si j'aspire à la possession d'un bien dont vous disposez. Nous sommes seuls et hommes : accordez-moi votre existence et la mienne avec la main de Fragoletla. J'aurai la faiblesse de vous implorer quand il faut que je pardonne ^ c'est moi qui m'humilierai pour obtenir une grâce, et c'est demander bien plus que la vie. Mais l'absence de ce qu'on aime, je ne sais si vous le sentez, est l'enfer et le néant à la fois. Il est si doux de renaître par deux existences I Aimer, c'est le souffle de Dieu même : le monde ne s'anime que de celte lumière -, la vie ne commence que par le bonheur d'être aimé.

— Ah! par pitié, dit Adriani, épargnez-moi. Épargnez-moi la révélation du sentiment divin que je ne puis pas connaître-, je n'appartiens à ce bonheur que par des regrets, et il y a de la barbarie à montrer le ciel ouvert aux damnés.

Il se rapprocha de d'Hauteville, et saisissant sa main avec ardeur :

— Vous aimez donc bien celte pauvre el infortunée Camille?

— Autant que 1 honneur et mille fois plus que ce souffle dont vous pouvez disposer.

— Eh bieni la voulez-vous rejoindre?

— Au péril de la vie éternelle.

— Je ne connais qu'un seul rendez-vous qu'elle vous puisse assij^ner.

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