CHAPITRE XVII
— N'imporle, dit-il, nous vous vaincrons, Adriani; vous m'avez fait comprendre je ne sais quelle terreur qui vous occupe pour vous ou pour moi. Je ne frapperai pas mon ennemi sous une telle ressemblance^ je n'aurai pas l'odieux courage d'attaquer le fanlôme de tout ce que j'adore. Je croirais ouvrir un cœur où mon nom se trouverait écrit. Non, j'ai cru la voir elle-môme et l'entendre; elle me demandait votre vie quand vous excitiez ma vengeance , et je n'ai écouté qu'elle.
— Eh bien î quitlez-nous donc s'il en est encore temps, elle éteindra sa vie dans un cloître , partez. C'est lui obéir, c'estson ordre que je répète, carellene veut pas que j'accepte la vie sans avoir assuré la vôtre.
— Mais pourquoi fuir? dit d'IIauteville. Pourquoi fuirais-je seul, quand ma destinée est ici ? Fragoletta, encore libre, habite Naples, où je l'ai entrevue un instant; Eugénie est à Paris, qui nous rappelle : c'est là que le bonheur nous attend.
Celte barque qui occupait si incessamment Adriani doubla en ce moment le promontoire de Sainte-Lucie, qui l'avait tenue cachée durant plusieurs minutes , et parut subitement rapprocliée.
Alors Adriani perdit toute sécurité, toute mesure, toute miséricorde pour lui-même et son adversaire.
— Terminons cette fatigante agonie. Ta sœur n'existe pas plus que la mienne. A ous avez vu Fragoletta à Naples? Elle n'y est pas I Eugénie est en France.^ Oui, mais sous la terre humide de quelque cimeîiére. Mesurez à présent vos espérances et les miennes.
— Imposteur! dit d'IIaLitevIlle ; nul ne peut donc échapper à sa destinée, et lu veux mourir ?
— Oui, oui, etmainlenantl dit Adrianien jetantaux pieds de d'Hautevilie une des deux épées qu'il avait apportées. Tiens, puisque avant déviter une mort ignominieuse il faut du sang à ton absurde honneur, cherche dans mes veines le seul prix dont je puisse payer la rançon.
D'Hauteville hésitait encore, et la barque approchait toujours.
— Misérable Français ! dit son adversaire, qu'es-lu venu chercher dans ce pays où nul ne t'avait fait de mal ? Sois puni de ton invasion impie et sacrilège. Mais tu dois avoir commis encore quelque autre crime de dureté ou d'ingratitude pour justifier tant de malheur et tant de remords qui t'attendent.
— Le souvenir d'Honorine traversa la pensée de d'Hauteville comme un dard acéré.
— Doutes-tu du sort d'Eugénie.'' ajouta l'impitoyable jeune homme. Kegarde celle lettre qui t'était adressée et que j'ai fait tomber dans mes mains.
D'Hauteville saisit la lettre et vit l'affreuse vérité, tracée de l'écriture sacrée de sa mère. La terre tourna autour de lui ^ un cri de bête féroce s'échappa de son sein ; il s'élança sur Tépée , puis vers l'ennemi qui avait déjà levé la sienne; et sans s'apercevoir qu'on ne lui opposait qu'une molle et feinte résistance, il le renversa à ses pieds.
L'instinct de sa générosité naturelle Tarréla encore dès qu'il vil son adversaire terrassé. Il tenait l'épéc suspendue; il n'osait frapper