‹ Fragoletta, Nouv. édChapitre 35 sur 226 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

que Lillo et ce frère donl j'entends pour la prefnière

fois prononcer le nom

— Oui , nous évitons d'en parler parce que nous ignorons son sort et que c'est là un sujet d'incertitude et de chagrin. Il faut vous dire, puisque j'ai commencé des confidences intimes, que si mon père ne posséda jamais que l'humble fortune d'un artiste, ma mère était héritière de grar^ds biens. Elle était Allemande et d'une famile noble: mon père l'avait épousée durant un voyage que ses parens lui faisaient faire en Sicile, et tant qu'elle vécut ses parens refusèrent de lui pardonner. Les orphelins ont trouvé grâce à leurs yeux. Mon père fut mis en possession d'une moitié de la fortune maternelle afin de pourvoir à mon éducation , et mon frère Philippe Adriani avait déjà été envoyé à Vienne pour jouir du rang et des prérogatives attachés à l'orgueilleuse famille de ma mère. Hélas ! depuis longtemps on n'a plus , même indirectement, des nouvelles de Philippe.

— Il reviendra, ma jeune et inquiète amie : ce sera un cœur de plus à aimer. Vous verrez que l'avenir sera beau et la vie heureuse à vos côtés. R.emarquez déjà combien autour d^ nous il règne de douceur et de sérénité-, jamais cette baie, unie comme un beau lac, ne me parut plus calme qu'aujourdliui. Quelle nuit admirée avarit de vous connaître valut ces cieux étoiles et ces vagues parfumées de toutes les fleurs de vos îles voisines î

— Je remarque une autre chose, dit Camille. Tout à l'heure je laissais flotter ma main le long de cette barque afin de sentir la fraîcheur des flots-, peu à

72 ^ FR.\GOLETTA.

peu mes doigls ont effleuré la mer sans que je m'en sois aperçue, et voiià que celte main, resiée immobile, esl maintenant presque tout entière dans Teau.

— Seigneur Français, dit le patron en «'approchant de d'Hauteville, qu'allons-nous devenir? nous sommes trop chargés -, lâchons d'arrêter l'eau qui entre par la quille , ou nous enfonçons dans un quart d'heure.

— Je m'en serais douté, dit froidement Camille. Et combien y a-t-il encore de distance d'ici à la côte?

— Trois milles, sîgnora.

— C'est beaucoup ^ mais on peut nager jusque-là.

— Oui, oui, on le peut, dit d'Hauteville. Salvator, tenez vous prêt : nous allons nous jeter à la mer afin d'alléger la barque et de sauver s'il se peut votre maîtresse.

— Attendez un moment, dit la jeune fille ^ j'aperçois dans celle direction une espèce de chaloupe, nous sommes portés vers elle et certainement nous aurons du secours.

Un mouvement des femmes, tout à coup effrayées, fit pencher l'esquif sur le côté droit, et il s'éleva un cri presque général comme celui des ombres malheureuses qui , non loin de ces mêmes lieux , traversaient autrefois les marais de l'Averne.

— Me trompé-je? reprit Camille , observant lou-^ jours la chaloupe â la lueur que projetait faiblement sur la mer le fanal du bateau de posle-, je crois reconnaître un des hommes qui montent cette embarcation. Regardez donc vers la droite, et sous ce large chapeau , n'est-ce pas le frère Savérelli ?

Page 1