CHAPITRE V
çais. Mais je compte qu'on n'oubliera point , celle fois, mes prétentions si justes à la maîtrise de Malte, et qu'ayant ici manifeslement exposé ma vie
— C'est bien peu de chose. (Je veux parler de la récompense que vous sollicitez pour tant de services.) Car vous avez rendu des services , n'est-ce pas ? Ma lettre au duc de la Rocca-Romana , par exemple ?
— Lui a été remise.
— Et par vous-même, sans doute? Qu'a- 1- il répondu ?
— Ce message direct n'eût pas été une action prudente : je la lui ai fait parvenir par un porteur d'eau déneige, mais un porteur d'eau secrètement royaliste.
— Dévouement courageux I Mais que savez-vous d'important ? Voyons. Surtout point de phrases , point de déclamations de douairières , un rapport véritablement militaire. Vous voyez que je suis pressé.
— Votre éminence saura d'abord qu'il se forme dans presque tous les quartiers de celte maudite Ninive
— Toujours Naples ?
— De prétendus sociétés patriotiques , espèce de cluhs fort dangereux , à la façon des Anglais et des révolutionnaires de France, et c'est là qu'on tient des discours
— Vous vous arrêtez à des discours ?... Après ?
— Chaque soir on récite au théâtre des tragédies
de ce démagogue des environs de Turin que vous nommez, je crois
— Alfiéri?
— Précisément. Des Virginie , des Brutus et des Philippe II. Au milieu de la représentation, vous entendriez des orateurs du peuple l'interrompre pour s'écrier : « Remarquez bien , citoyens , que cette situation est la nôtre ! » Et alors il s'élève des cris d'enthousiasme et de fureur qui vous feraient frémir.
— Oui, si j'étais le comte de R Mais après?
— N'est-ce rien ? La duchesse de Cassano et la baronne de Popoli ont fait dans l'église de Santa-Maria del Pianto des quêtes fort productives pour les besoins de cette damnée république.
— Ah I ah \ la duchesse espère peut-être que certaine faveur qui lui fut autrefois refusée prés du roi , elle l'obtiendra de l'armée française. Après ?
— Beaucoup d'insolens sujets, à qui leurs parens avaient donné le prénom de Ferdinand , se font publiquement débaptiser.
— Eh bien! ce sont des imbéciles, ils étaient trèsbien nommés. Après ?
— Après! après I Les patriotes calabrois, que vous chassez vous-même de province en province, se sont enfin réunis àNaples; ils forment plusieurs bataillons ; ils sont armés de pied en cap et s'apprêtent à revenir contre vos troupes.
— A la bonne heure î Enfin voilà qui est sérieux. Est-ce le comte de Ruvo qui les commande?
— Lui-même , Hector Garuffa. J'ai vu partir ces