CHAPITRE V
rebelles^ quel spectacle! Imaginez qu'ils avaient amené entre leurs rangs, à la revue de San-Spirito, des prisonniers de guerre récemment faits. Là, on a brûlé des drapeaux royalistes et anglais, et au moment où l'on croyait que ces prisonniers allaient être massacrés, les républicains leur ont fait grâce. Quelques-uns de ces pauvres diables ont baisé de joie l'arbre de la liberté, et quelques autres môme ont été tellement séduits par celte perfidie qu'ils se sont enrôlés sous les drapeaux de Caraffa.
— Voilà de la philanthropie bien entendue et de la clémence qui me paraît assez politique. Mais nous aussi, monsieur le comte, nous avons des amis adroits; tous ne sont pas de certaine farine et tels que nous en connaissons, vous et moi. Tous entendrez, je suppose, et avant peu, parler des deux frères Baccher.
— Les banquiers ? Leur conjuration est découverte.
— Et quel infernal génie a déjoué des projets si bien conçus ?
— Une femme, une certaine Éléonore.... Éléonore Pimentalé, que la chronique napolitaine donnait pour maîtresse au plus jeune des deux frères.
— Comment'I cette misérable femme aurait sacrifié son amant?
— Non pas. Il paraît qu'elle a averti en même temps les conspirateurs et les victimes ; tous se sont mis à couvert, et elle appelle cela un acte d'humanité. Les Baccher ont gagné la Sicile, et nos partisans, qui se tenaient prêts pour une nuit très-prochaine , ont été forcés d'ajourner leur zèle. Les drapeaux, les co-
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cardes rouges, certaines cartes de sûreté qui devaient être une marque de ralliement, tout a été trouvé au domicile des deux frères , et la preuve du projet est complètement acquise. Je suppose qu aucune lettre de votre èminence
— Je permets qu'on me pende si on trouve quelque part une lettre écrite de ma main depuis six mois.
— Yous avez bien raison, il ne faut jamais se compromettre!
— Est-ce que vous ne me trouvez pas cependant un peu compromis déjà avec les chefs de cette république ?
— Que trop. Votre èminence ne sait pas tout : il y a bien de [mauvais prêtres! et ils sont capables des plus noirs excès. On vous aura dit qu'un franciscain nommé Bènoni venait chaque soir au pied de ce maudit peuplier de San-Spirito prêcher le peuple qui l'écoute et analhèmatiser la famille royale ^ il crie que la liberté est dans l'Évangile, ainsi que l'égalité; il atteste la règle de presque tous les moines et principalement de ceux de son ordre; il cite Jésus comme un démocrate, avance je ne sais combien d'autres impertinences, et enfln assure que les saintes Écritures mêmes enseignent des maximes républicaines. Cela est-il vrai ?
— Peut-être. Mais les saintes Ecritures disent aussi : « Rendez à César tout ce qui n'est pas de l'Eglise. » Il y a manière de se servir des choses. Est-ce tout?
— Hélas! non. L'archevêque de Naples, le cardi-