‹ Fragoletta, Nouv. édChapitre 46 sur 226 · CHAPITRE V. $t · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. $t

du prisonnier étaient liées derrière son dos ; la hauteur de l'édifice était telle qu'il ne pouvait penser à fuir; et Savérelli , désirant n'être pas interrompu dans les conseils qu'il se proposait de donner au cardinal , alla fernner cette fenêtre du balcon et renferma ainsi Mastrilîo dans une espèce de prison à jour où il pouvait suivre tous ses mouvemens.

Mastrilîo ne parut pas même s'apercevoir de cette précaution. Il se mit à sifiler, et, appuyant l'épaule contre une colonne de ce péristyle pendant une délibération où il s'agissait probablement de sa vie ou de sa mort , il laissa errer ses souvenirs sur les premiers jours de son enfance.

Il se croyait né en Toscane, de parens tout à fait inconnus. Ses premières impressions lui retraçaient un vaisseau et la mer , puis un village sur une petite pelouse d'herbe fine, où jouaient quelques rayons du soleil entre les branches des châtaigniers ; il voyait rentrer des charrues avec deux bœufs couverts d'une toile propre et brodée de fleurs et de pompons rouges 5 il se rappela des jeunes filles tressant les nattes de paille de riz de leurs mains souples et blanches. C'était peut-être un de ces hameaux perdus dans les profondeurs du val d'Arno. Puis il se peignit le long des bords d'une grande rivière le mouvement, le bruit d'une foire joyeuse-, et vers la nuit, quand tout le monde se retirait, quand disparaissaient successivement les brillans objets , les joujoux et les marionnettes qui l'avaient occupé,|il se trouvait seul à pleurer devant une église.

Venait à passer un vieux moine : il était recueilli par

ses soins, emmené dans les montagnes, et , après beaucoup de jours de marche, de fatigue et de regrets pour ceux qu'il croyait sa famille, il arrivait avec son guide à un ermitage. Là , du banc de pierre où le solitaire avait coutume de lui donner des consolations, des noisettes, quelquefois des leçons de lecture, on découvrait un grand vieux château précédé d'une avenue de cyprès, et à l'horizon des masses ruinées de murs que les voyageurs appelaient cyclopéens. La situation de ce dernier séjour n'était pas inconnue pour lui : c'est là qu'il avait grandi sans pouvoir retrouver jamais le berceau de sa naissance. Mais son compagnon était parvenu à lui persuader que les paysans qui l'avaient perdu étaient sans doute pour lui des étrangers mercenaires, et que sa famille, s'il en avait une, même riche et puissante , n'était plus à regretter après cet abandon.

Puis il se rappela les jours où il aidait le vieillard à tous les soins de leur rustique ménage, tantôt abattant sur le penchant des rocs des érables qui roulaient sur un plateau inférieur pour alimenter le foyer, tantôt chassant les grands oiseaux de passage avec une carabine que le solitaire dérobait à tous les yeux dans un coin de sa cabane.

Un soir, deux voyageurs frappent à la porte de l'ermite^ ils ont été surpris par la tourmente ou se sont égarés dans l'Apennin malgré les hautes perches placées dans la neige le long des précipices pour indiquer la route. Philippe , qui prit ensuite le nom de Mastrillo , avait alors douze à treize ans. Les voyageurs, une fois réchauflcs, se plaignirent entre eux do

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