‹ Fragoletta, Nouv. édChapitre 48 sur 226 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

bras de son ami , il en élendii, un raide mort d'un coup de carabine. Giroianio se réveilla pour saisir l'autre par les jambes , battit deux fois de la tête de son ennemi le mur de son foyer, et au lever du jour, ranachorèle et Tenfant quittèrent la contrée après avoir jeté dans le plus prochain torrent quelque chose dont on ne retrouva jamais les traces.

Les voilà forcés , l'un de reprendre , l'autre de commencer un périlleux métier. Ils gagnent les Maremmes de Pise , puis le littoral romain , et après ravoir exploré pendant plusieurs années, ils s'établirent avec quelques autres aventuriers sur la haute cime de ces monts qui divisent le patrimoine de saint Pierre des campagnes de Ponté-Corvo. C'est là que Mastrillo fut accueilli un soir dans une ferme par une jeune fille qui l'avait trouvé sanglant sur la lisière d'un bois. Il dit qu'il avait été attaqué par des malfaiteurs ^ il passa pour un pèlerin, et] bientôt Léona en fut aimée et lui donna son cœur. Cet amour, le premier, le seul que 3Iaslrillo eût senti, le changea. Il désira renoncer à son genre de vie , il s'éloigna de ses compagnons. Mais que faire, que dire pour expliquer son existence aux yeux des fermiers parens de Léona? Comment lui cacher longtemps à elle-même un tel secret?

Vn bataillon de soldats arrive à la ferme pour surprendre le lendemain la troupe de Girolamo. Mastrillo s'échappe la nuit par une fenêtre, va avertir ses compagnons et se battre avec eux. Après l'engagement, il rentre à la ferme sans croire que l'on se soit aperçu de son absence; mais Léona l'a cherché par-

tout en vain, et il revient blessé, et il ne peut expliquer ni comment il s'est fait ce mal ni pourquoi une ceinture que Léona lui a donnée a été déchirée autour de son corps ^ enfin il se cache parce que les soldats reviennent.

— PerDio sagrato^ dit l'un d'eux à la jeune fille, j'ai manqué pour bien peu de prendre un de ces bandits. Mon camarade lui a tiré presque à bout portant un coup de mousquet qui Ta fait chanceler; je me suis jeté sur lui, mais il m'a terrassé avec la force d'un géant, et il ne m'en est resté que cela, un bout de ceinture. Tenez, la jeune fille, gardez-la, elle peut servir à faire découvrir le misérable un jour ou l'autre.

Léona reconnaît la sienne , et les soldats partis, quand Mastrillo vient près d'elle lui demander la cause de ses pleurs , de sa pâleur, de ses regards immobiles, elle ne fait qu'un geste en étendant la main vers cette ceinture restée à terre , elle ne dit qu un mot en regardant celui qu'elle a tant aimé : Brigand I

— Eh bien î oui, dit Mastrillo, d'abord épouvanté; oui, je suis celui que tu as nommé, celui que, dans sa prière, le laboureur confond le soir avec le démon. Ce que tu frémiras d'entendre , je l'ai fait , Léona. Ces yeux, où tu lisais : « Je t'aime ! » ont été l'effroi du voyageur -, ma voix , que tu trouvais douce , a excité la rage de mes compagnons; cette main, que tu pressais, a tué. Que veux-tu 1 j'ai été nourri par eux, j'ai pratiqué ce que faisaient les miens, suivi la route oU mon père m'a guidé ; mais quand je l'ai connue, j'ai

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