‹ Fragoletta, Nouv. édChapitre 49 sur 226 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

eu horreur de moi. Sais-tu ce que j'ai souffert? Qui voudra et qui pourra jamais le savoir ! Mais je puis encore changer d'habitude et d'âme; allonsnous-en , viens , sauve-moi , allons-nous-en !

Léona fit un mouvement d'horreur. Elle voulut sortir, il la retint et lui dit :

— S'il en est ainsi , je veux être chargé de chaînes sous tes yeux, exécuté en face de tes fenêtres. Tu ne veux pas me sauver ? Eh bien î reste ici. Tu auras soin de ta vieille mère, tu la mèneras promener dans la campagne , à travers les fleurs ; tu dirigeras ses pas vers la butte où, sous un lit de terre ensanglantée, seront mes ossemens, et tu lui diras : <CCesi là qu'est le brigand, celui que j'ai fait périr. ))

Léona ne put résister à tant d'émotions ; elle pleura, sourit; sa raison parut l'abandonner, Maslriiio en eut pitié.

Ses compagnons revinrent bientôt mettre le feu au casalé où s'étaient rassemblés les sbires ; lui sauva sa bien-aimée dans ses bras , mais elle était orpheline et ruinée. Elle demanda à être conduite à Rome. Un oncle assez riche, facteur ùes environs, la prit d'abord au sein de sa famille, mais, lassé de son mal et de sa misère , il lui permit d'entrer en condition à Naples, d'où elle passa à Sorrente.

Pauvre Léona ! elle eût été si facilement heureuse ! La paix des campagnes^ une maison blanche sur le penchant de quelque coteau, un petit troupeau à Tombre des ormes, un enfant courant dans le verger, les pas de son ami descendant de sa vigne après son

travail Au lieu de ces biens, elle a aimé une

créature de sang , elle s'est assise sous un rocher près de tomber. Et où est-elle en ce moment ? qu'estelle devenue, elle et cette jeune Camille qui a pris pitié de son état , qui n'a pas été repoussée par Taspect de tant de souffrance et de misère?

Mastrillo en était là de son histoire, poursuivie ainsi de souvenirs en souvenirs , quand il s'aperçut que le paysage coloré sous ses yeux par les teintes du soir, Thorizon de ces flots où se posaient et s'effaçaient tour à tour ses pensées , n'étaient plus visibles. Ses yeux s'étaient remplis de larmes à son insu, et cet homme qui s'était réjoui des jours de discordes levés naguère sur son pays , qui demandait de Tactivite et des périls pour occuper son âme, s'abîmait alors dans un dédale de rêveries où Tamour et quelques idées de vertu le rattachaient à l'existence.

Que disaient pendant ce temps les deux personnages que nous avons laissés délibérant sur son sort?

— Il faut, monseigneur, faire justice de cet homme. Je vous dirai après et quand vous en aurez le temps une foule de raisons pour nous en être débarrassés. C'est un transfuge, comme vous savez , et un transfuge de la cause royale.

— Eh bien , à la bonne heure, nous verrons , nous examinerons Mais n'avez-vous pas de plus pressantes choses à me dire? ne savez-vous rien par exemple de nos relations avec les puissances.^

— Qui peut être mieux informé que vous .^ Vous avez appris que les Anglais

— Quels Anglais?

— Que les Turcs

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