‹ Fragoletta, Nouv. édChapitre 52 sur 226 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

qui connaissons la famille royale , moi , qui ai l'honneur particulier de diriger la conscience du duc de Calabre

— Qu'est-ce que vous me demandez ?

— N'entendez-vous pas ? On vous fait en bas l'honneur de vous méconnaître ^ on prend un pauvre diable pour un prince, et un bandit pour l'héritier de la couronne.

— C'est donc moi qu'on hue ? c'est donc moi à qui on en veut ? Eh ! qui sait si on se trompe, je ne connais pas ma famille.

Ruffo regarda Savérellid'un air qui semblait dire: (( Yoilà un drôle où il y a peut-être de l'étoffe. )> Il lui fit signe de détacher les cordes qui enchaînaient le prisonnier.

— As-tu jamais joué la comédie, l'ami ? —Vous la jouez bien, vous autres. Et vos chapeaux

à grands bords, vos masques , vos soutanes, à quoi tout cela sert-il ?

—Un rustre sans éducation, dit tout bas Savérelli, une âme grossière et inaccessible à toute espèce de noble prestige : vous n'en ferez rien.

— Et si on le faisait grâce de la punition de tes méfaits, reprit le cardinal, serais-tu homme à en marquer de la reconnaissance ?

— C'est selon et, comme dit le Français, si le jeu en vaut la chandelle. ^^^

— On te prend pour un homme que nous serions heureux d'avoir ici à notre tête : en veux-tu jouer le rôle ?

— Oh! je vois le piège.

— Il n'y en a pas. Ce n'est ni ta faute ni la mienne si les choses ont pris cette tournure -, profite de la fortune, si tu peux, et essaie à te tirer de peine sous un habit d'emprunt, puisqu'il paraît que le chanvre qui t'attend n'est pas encore semé.

Et la foule augmentait sans cesse autour de l'hôtellerie, et les acclamations continuaient.

• — Celui dont vous auriez besoin, dit Mastrillo , où donc est-il ?

— A Messine , à Palerme , dans quelque coin de la Sicile.

— Allons donc î vous voulez m'en faire accroire : un prince de mon âge, et pour qui on se bat , resterait si éloigné du champ de bataille? Et de quel front viendrait-il ensuite jouir des avantages que le sang des autres aurait payés? La couronne vaut peut-être qu'on la mérite, qu'on l'achète par un peu de fatigue, de courage, une blessure, quelque chose. Ses partisans abandonneraient le prince s'il s'abandonnait ainsi lui-même.

— Grâce à toi, mon brave, ses partisans se ranimeront.

— Mais votre maître , à vous autres , n'est donc qu'un moine, un saint de plâtre ? Je ne me charge pas de ce personnage.

Savérelli laissa percer dans ses yeux un mouvement de joie.

— Et comment s'appelle-t-il, cet absent-lâ? reprit Mastrillo après un moment de silence.

— On te donnera tous les renseignemcns nécessaires, dit le cardinal ^ mais vois-tu, mon garçon , ne

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