CHAPITRE YI. ni
commencer des rechercbes qu'il eût faites an prix de sa vie; mais ce drapeau qu"il avait si souvent défendu, comment iabandonnerau milieu d'une population en armes et au moment où l'heure du combat et peut-être celle de Texterminalion pouvait être annoncée à chaque minute du haut de Fhorloge du fort Saint-Elme? Deux fois il avait envoyé inutilement à Sorrente. Le général Lamarque venait récemment do quitter Caprée , et depuis que l'Anglais sir Hudson Lowe y était rentré obscurément, il devenait impossible de tromper la vigilance de ce gouverneur. Hudson Lowe possédait, à vingt-deux ans, sous un extérieur assez chétif, sous des cheveux roux et une démarche embarrassée, cette activité de surveillance qui chez un ofiicier remplace quelquefois le courage, et toute cette exactitude intlexible qui devait faire honneur à un geôlier.
Enfin d'Hauteville, après un mois d'angoisse, reçut une lettre de Camille. Cette lettre, venue au moment où il l'espérait le moins, remiise par le vaguemestre, portant le timbre de Napies même, n'annonçait pas qu'aucune précaution ni effort eût été employé pour la lui faire parvenir. En termes simples et précis, bien qu'empreints d'un caractère de douleur profonde, Camille racontait les derniers momens de Lillo. Elle lui avait fermé les yeux dans un monastère de Caprée, retraite où ils avaient été miraculeusement réunis vers la fin de celte nuit même qui suivit la séparation sur la barque. Lillo, disait-elle, soit que pendant l'enlèvement ses blessures se fussent rouvertes, soit que les ravisseurs eussent eux-mêmes déchiré les appa-
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reils, Lillo n'était jamais revenu à la connaissance de son sort.
Camille ne parlait point de Savérelli , et cependant, selon toute apparence, ce devait être ce moine qui avait fait retrouver le vieillard à Torpheline. Elle expliquait ensuite comment, rentrée à Sorrente après la retraite des Français, elle avait rejoint Salvator et pris possession dune grande partie de l'héritage de Lillo, dérobé à tous les yeux depuis longtemps par des précautions dont elle seule et lui avaient possédé le secret. Enfin, elle annonçait qu'elle allait quitter ritalie. Elle voulait essayer de se rapprocher ou de son frère, s'il existait encore, ou du moins des parens de sa mère, dépositaires de leurs biens. Elle se flattait de traverser la Caiabre malgré les fureurs de celte guerre et de trouver un bâtiment à Manfredonia ou à Bari pour la porter à Trieste et de là à Vienne.
(( Je ne doute pas de votre dévouement, Marius, disait-elle en finissant, et je ne penserai jamais à vous sans une vive reconnaissance. Mais je ne puis rien pour votre bonheur, et vous-même, au milieu des camps, des marches et des périls renaissans, quel protecteur seriez-vous pour moi? Du reste, j'ai réfléchi sur mon sort, je me suis éclairée par des méditations et des lectures : je n'ai rien à espérer ni à craindre. Je m'éloigne donc d'un pays livré à la colère d'hommes injustes. Dieu lui-même est injuste aussi, car lexistence qu'il m'a donnée porterait malheur à qui placerait en moi une espérance d'atlachement. Adieu, oubliez-moi ou rappelez-vous seule-