‹ Fragoletta, Nouv. édChapitre 58 sur 226 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

ment avec pitié un être qui ne veut porter clans votre souvenir que le nom de Fragolelta. »

Il parut inexplicable à d'Hauteville que dans cette lettre sans date, sans indication du lieu où elle avait été écrite, aucun mot ne fît allusion à la liberté que la mort de Liilo rendait à Camille et aux rapports nouveaux qui devaient s'établir entre elle et lui par la volonté expresse de l'ami qu'ils avaient perdu. Par je ne sais quel aveugle espoir, il crut démêler quelque trace d'attendrissement dans les expressions de ce billet, et il se sentait encore aimé malgré les plus contraires apparences. Puis revenant à cette lettre, reprenant pour les peser Tune après l'aulre chacune des expressions qui la composaient :

(( Comment se fait-il qu'elle mette tant de mystère pour me parler de son avenir? Je ne reconnais point là la candeur, la franchise et toute la liberté de ce caractère. Il faut qu'une telle démarche lui ait été prescrite 5 il faut qu'elle soit dominée, tyrannisée par quelque influence étrangère. Savérelli, dont elle ne me parle point, Savérelli, qui voulait attenter à mes propres jours, ne serait-il pas ce pouvoir inconnu qui la retient? Quels rapports mystérieux existent donc entre cet enfant et ce misérable? Il a connu sa famille, je n'en saurais douter. Était-il l'ami ou l'ennemi de son père? Veut-il la perdre par cupidité ou par fanatisme politique ? J'y songe ! Quand je l'accusais si justement d'un meurtre, elle le défendait contre moi. Est-elle sa dupe ou sa victime? Il y a là quelque affreux secret qu'il faut découvrir^ il faut délivrer

Camille, il faut couper ce nœud, fût-ce avec l'épée que je porte. )>

Celle idée, échauffée par la possibilité de la rejoindre encore dans la Calabre, lui suffit pour solliciler avec ardeur d'ôlre mis à la disposition du général qui devait seconder le corps de Caraffa, agissant contre les partisans du cardinal.

Il partit. La petite légion franco-napolitaine ne rencontra aucun obstacle sérieux jusqu'aux murs de San-Sévero. Dans un autre moment d'Haulevilîe aurait observé curieusement le pays qu'il traversait, des routes pavées en laves, puis des sentiers qui devenaient étroits, puis s'elTaçaient tout à fait sur ces montagnes dont la cime aiguë et glacée se nomme la Syla. Sur le double versant, des pâturages, des sources, quelquefois des hameaux eussent attiré ses yeux, et enfin plus bas il eût admiré ces oasis d'orangers qui semblent aussi vieux que cette terre d'histoire et de poésie.

— Ces arbres, disait Caraffa, ont peut-ôtre vu passer à leurs pieds les soldats de Cannes, les assassins de Cicéron et cet Alaric dont les restes scellés entre deux boucliers se sont retrouvés au fond de la rivière que nous allons passer.

Une seule pensée occupait d'Hauteville : la confiance assez fondée que nul vaisseau ne mettrait à la voile dans les circonstances où se trouvait le royaume.

Dès qu'ils furent devant San-Sévero, les assiégeans reconnurent l'énorme difficulté de leur lâche. La garnison, qui ne montait pas à moins de douze

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