CHAPITRE VI
Restée seule, elle s"éiait agenouillée, et de ses deux mains jointes sur son cœur, elle retenait timidement celte chaîne consacrée, quelle eût mérité cette fois de rendre un lien entre la terre et le ciel, une ancre de salut pour cette fragile barque où ses jours commençaient à être agités.
Préoccupé souvent des idées de la peinture et peutêtre excité aussi par le vague intérêt qui s'altachailpour lui à cet aspect, d'Hauteville s'arrêta à la considérer. Un dernier rayon de jour glissait à travers une fenêtre et confondait sa clarté avec la lueur des flambeaux. Cette lumière mêlée, projetée vivement sur le marbre de la statue blanche, puis renvoyée vers le profil, le col, les mains de la jeune fille, descendait ensuite sur le pavé en dégradations harmonieuses. La pureté du profil rappela cette fois à d Hauteville la Grande-Grèce, où il se trouvait. Le contour de ce visage, éclairé en dessous, offrait des demi-teintes où les reflets du soleil tenaient lieu des couleurs disparues, et jusquaux caprices du voile, aux anneaux des cheveux noirs, aux plis onduleux de la robe, tout était ajusté comme Guérin ou Lesueur auraient pu le faire, et d'Hauteville reconnut Léona.
— Nous voilà donc tous réunis, dit-elle en se levant, car vous amenez le seigneur Liilo, n'est-ce pas? Je savais bien que j'obtiendrais ceci par mes prières : j'ai tant prie! PhiUppe aussi viendra me chercher : le saint que voilà me l'a promis.
— Camille serait ici! s'écria d Hauteville.
— Sans doute ^ elle vous attend. Pourquoi donc avoir pris une autre roule que nous?
— Venez, venez, conduisez-moi vers elle»
— Par ici î
Puis se rapprochant d'an air de confidence :
— Tous aurez élé obligés de voyager la nuit? Philippe aime la nuit 5 la lune est son soleil, à ce qu'il dit.
L'espoir s'était emparé de d'Hauleville 5 il réfléchissait peu sur l'incohérence des idées de son guide, et quand ils furent arrivés ensemble dans le jardin d'un presbytère qui dominait la mer, les cris de Léona appelant sa maîtresse attirèrent près d'eux une femme courbée par Fage et qui semblait être la gouvernante du pasteur.
D'Hauteville s'expliqua et fut conduit devant le curé.
— Oui, monsieur, il y a peu de jours que nous avions ici , outre cette personne affligée d'une raison bien faible, deux autres voyageurs.
— Un vieux serviteur et une jeune dame?
— "Je m'en suis bien douté que cétait une dame, dit le curé regardant la duègne : j'avais compris que l'habit qu'elle portait n'avait été pris que pour la sécurité ou la commodité du voyage-, mais il faut respecter les secrets de ceux qu'on oblige.
— Ainsi ces deux voyageurs sont repartis?
— A la nouvelle de l'arrivée des Français, monsieur. C'est vous qui avez décidé leur retraite.
— Mais celte jeune femme que voiià, comment se fait-il?
— Vous savez, vous voyez en quel état est ^a lOlc. Pendant deux jours elle est restée absente de celle