CHAPITRE VI
maison, où sa maîtresse a passé une semaine. Sans un pâtre qui a rencontré Léona dans la montagne, où elle se nourrissait de quelques fruits sauvages, elle nous eût abandonnés tous. Elle n'a plus trouvé à son retour ici les amis qu'elle suivait; mais la personne que vous nommez Camille a pourvu à son sort avant de se rembarquer : a Je ne puis ni attendre ni abandonner cette pauvre enfant, m'a-t-elle dit : elle reviendra, on la retrouvera non loin de cette ville, car elle s'est accoutumée à une liberté trop grande. Chargez-vous, mon père, et par charité, de son avenir. Voici une bourse qui acquittera sa dot dans un cloître ou suffira à la faire vivre doucement auprès de quelques-unes de ces pieuses dames qui se dévouent aux infirmes. » J'ai proposé vainement de remettre ce dépôt aux magistrats, de prendre le nom de la bienfaitrice , celui de la ville où je pourrais rinstruire de ce qui arriverait : « Elle s'informera elle-même, » a-t-elie répondu. Et la nuit suivante elle est partie.
— Quoi I c'est là tout ce que vous pouvez m'apprendre de ses desseins? Vous ignorez quelle route elle a choisie ?
— Je sais qu'elle veut se rendre en Autriche. Je sais qu'elle espère trouver un navire qui consente ou à doubler le cap de Reggio et d'Olrante ou à la ramener à Naples , afin de gagner Venise à travers la Romagne-, mais il n'est pas vraisemblable qu'en nos petits ports elle rencontre autre chose qu'une pinque armée pour Naples : c'est là qu'elle rentrera sans doute en peu de jours.
124 IRAGOLEÏTA.
— Et là, dit d'Hauteviile avec une lueur d'espoir, il n'est pas possible qu'elle puisse séloigner avant la fin de cette guerre. Pourquoi ai-je quitté celte ville? Ohl j'y rentrerai !
Léona sourit avec une expression de confiance et d'encouragement.
— Et vous, vous avez abandonné celle qui vous protégeait.^ lui dit d'Hauteville avec un air de reproche.
— Non pas : on ni'a laissée ici pour vous attendre et pour vous indiquer ses traces.
D'Hauteville tressaillit comme si ces paroles avaient eu un sens, et il ajouta plus prés de l'oreille de Léona :
— Elle m'aime donc?
Celle-ci ne parut pas comprendre.
— Écoute , Léona 5 tu sais ce que c'est que d'aimer, loi ?
— Oh I oui, dit la jeune fille indifféremment.
— Penses-tu que Camille m'aime?
— - Non.
— Comment le sais-tu ?
— Je sais qu'elle est bien bonne et bien heureuse : elle n'aime personne. C'est comme moil
Et comme d'Hauteville s'éloignait, un cri terrible le fit revenir sur ses pas. Léona avait tiré de son sein un lambeau d'écharpe ou de ceinture^ elle l'avait pressé sur ses lèvres, elle l'avait déchiré de ses dents et le cachait de nouveau pendant que la force l'abandonnait et qu'elle se laissait tomber.
Cependant Caraffa commençait ù se repentir d'avoir