CHAPITRE VI
— Le peuple fera la conquête des barons, dit une voix.
— Tais-toi donc, Sciarpa, ne vois-tu pas que" c'est une gageure qu'il a faite ?
— Nullement, dit Proni : il le pense connme il le débite. Seigneur del' Bosco, ajouta-t-il en élevant la voix , les prétentions dont vous parliez de la part des vassaux contre leurs maîtres sont une affaire du ressort de la justice.
— Eh bien ! c'est moi qui la rends, la justice.
— On ne peut mieux ^ mais si on vous attaque jamais devant quelque autre tribunal que le vôtre, je vous offre mon ministère. Je suis huissier, pour servir votre seigneurie, et après la bataille apportez-moi vos pièces.
— Dans quel traquenard suis-je tombé ? pensa don Juan en cherchant des yeux le cardinal.
— Puisque vous voulez savoir tous sur quoi nous allons nous concerter, commença Angiolino, je vais vous le dire, moi. Ceci est un conseil de guerre, et il va être pourvu , d'après vos avis , à un système de concentration des forces royales. Manthoné , Caraffa et quelques autres sont encore plus redoutables que vous ne le supposez. On va décider en quel ordre nous nous avancerons sur la ligne offensive , et combiner ici les divers mouvemens de nos troupes, afin d'achever prudemment cette campagne.
Le comédien avait raison. Du moins c'était là ce matin encore le projet du généralissime , et c'était pour en exposer le plan qu'il avait convoqué cette réunion de ses généraux. Mais quand il le vit entrer
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soucieux et marchant d'un pas rapide, Angiolino devina que sa résolulion était changée.
En effet, Ruffo venait de recevoir des lettres de Sicile , et le tout-puissant ministre, le jaloux Acton, plus étonné qu'irrité encore des succès de sa victime, lui prescrivait de ne point s'avancer davantage vers Naples et lui défendait de songera entrer dans cette ville avant que l'ordre lui en fût envoyé de la main du roi. Ruffo ne pensa plus dès ce moment qu'à exécuter une pointe rapide vers la capitale : c'était rimmanquable effet de cette défense sur un caractère tel que le sien. A peine donc avait-il pris quelques précautions pour faire disparaître à jamais le message et le messager d'Acton , qu'il se rendait au conseil.
Dés qu'il eut répondu au salut de toutes les sentinelles :
— Je vous demande excuse de vous avoir fait attendre. J'espérais trouver en ce lieu le prince de Calabre.
— Son altesse est toujours aux avant-postes, dit Garofolo.
— On vient de m'assurer qu'elle avait été aperçue dans la ville. Mais, messieurs, on peut nous enlever le prix de nos fatigues et de notre courage. Lesavezvous ? Je suis informé de bonne part que les Français , conduits par Macdonald , se retirent. Ils sont déjà à Caserle et n'ont laissé que de faibles garnisons à Naples , dans le château Saint-Elme et le fort de Viviéna. Si nous nous endormons sur nos triomphes, qu'arrivera-til ? Les Russes, qui sont débarqués celle nuit à Foggia , seront au pont de la Madeleine avant