CHAPITRE II
sier et qui devançait tout à coup, en poussant de folâtres rires, celui qu'elle appelait son camarade avec une familiarité toute pleine de candeur.
Lillo se prêtait sans peine à ses fantaisies, que les mœurs italiennes admettent mieux que les nôtres. Souvent dans leurs voyages de montagnes ou dans les traversées, lui-même avait fait revêtir à Camille des habits d'homme , et il attribuait à cette espèce d'habitude ce que son caractère montrait d'aventureux et de décidé.
Bientôt le jeune Français et ses deux hôtes semblèrent ne former qu'une famille, tant les sentimens politiques de d'IIauteville convenaient à Lillo et tant Camille prenait de goût pour lui à cause de son iniarissable complaisance. Ils firent de fréquens voyages à Naples, et les amis du Sicilien devinrent promplement d'affectueuses connaissances pour le Français.
Une des personnes quils visitaient souvent était celte fameuse Éléonore Pimenlàlé qui fut peintre, improvisatrice et mérita une troisième renommée en tombant victime de son dévouement pour une noble cause. Déjà elle s'était enfermée au château Saint- Elme pour n'en sortir que victorieuse ou morte, et les sentimens les plus vifs, les plus généreux , exprimés alors dans .le Moniteur napolitain, passaient pour être les inspirations de sa plume. Chez elle on se réunissait après les solennités du jour, soit au sortir de ces assemblées sur le Largo San Spirito, où le peuple avait élevé un pavillon national, soit après avoir entendu des hymnes autour de quelque peuplierj devenu comme en France le symbole d'une
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liberté orageuse. Celait là que chaque soir venaient ces femmes brillantes de grâces , ces iiommes jeunes et confians qui voulaient régénérer un peuple. En les voyant s'enivrer de leurs espérances , sourire à leurs propres vertus, parler de l'avenir avec orgueil , dHauteviîIe pensait quelquefois aux retours du sort, dont la révolution de son pays avait fourni tant d'exemples. En voyant quelle vive gaîlé animait Hector Caraffa, Granali, Torilla, Cimarosa, Velasco^ en écoutant Yitagiiani qui , les yeux fixés sur les flots, laissait là dans l'embrasure d'une croisée ouverte errer ses doigts sur la guitare; en admirant plus loin Nicolo Palumba dessinant des fleurs sur un album , il ne pouvait écarter quelques sinistres pressentimens.
— Si une voix prophétique, disait-il à Éléonore, venait tout à coup révéler à chacun de nous sa destinée, que l'aspect de votre salon changerait ! Peut-être dcè confidences à moitié faites se glaccraient-eîles dans les cœurs. Que de sourires s'effaceraient I ou bien des mains timidement étreintes, se cherchant alors comme pour se défendre; que d'aveux retenus s'échapperaient dans un cri de détresse !
— Je crois, lui répondait l'artiste, que Logolello ou Neri désireraient que ce voile de leur avenir se déchirât, quelque tableau qu'il put montrer, ne fût-ce que pour obtenir de la fière Juliette ou de la marquise de Pescaire celle attention qu'ils sollicitent en vain et voir une teinte de pâleur sur ic front qu'ils adorent. Puis combattant par un sourire ces noires idées : — Dieu , njoulait-clic, nous a fermé la connais-