CHAPITRE VIII
chérent des deux troupes et les noms de Menlhonô et de Caraffa s'échangèrent entre les vedettes.
— Comprenez-vous, monsieur le comte, comment Schipani est ainsi en relard .^ dit le ministre.
— Tant pis pour lui, répondit Caraffa , attaquons ! Mais un nouveau corps déboucha au même instant
par le coin du largo del' Castello et parut indécis dans sa marche.
— Ce sont nos amis, reprit Caraffa.
— Attendons, dit Menthoné.
Presque aussitôt une décharge partie de cette troupe fait reculer les premiers rangs de Caraffa.
— Nous sommes découverts? tant mieux , s'écria tout haut le jeune comte, tant mieux! En avant, mes amisi c'est ici notre dernier jour de fortune! c'est ici qu'il faut vaincre ou périr !
L'engagement dura vingt minutes : déjà il avait coûté la vie à plus d'un brave , et entre autres à Spanô , qui fut heureux peut-être de trouver là uno mort glorieuse, lorsque, abordant enfin à la baïonnette, les soldats de Schipani reconnurent leurs camarades. Au lieu d'assaillir les troupes de Ruffo, les républicains s'étaient battus entre eux. Ce contretemps, tout désastreux qu'il était, servit plutôt à enflammer qu'à refroidir l'élan du soldat. On se précipita de concert sur les bandes royales.
Ruffo, déjà revenu de sa première surprise, déploya l'adresse et le sang-froid d un habile homme. Mais ses batteries du Pausihppe furent successivement enclouées. Le terrain se couvrit de morts ^ il fut disputé, pris, repris, abreuvé de sang jusqu'au
lever du jour. Alors chaque armée regagna prudemment SCS quartiers avec quelque hâte, afin de cacher le mal qu'elle avait souffert.
La garnison de Saint-Ferdinand était écrasée ; celle du Château-Neuf avait épuisé sa poudre, et Men- Ihoné calcula avec effroi les conséquences d'un combat si terrible et si inutile, car l'avantage paraissait incertain.
RutTo de son côté fut frappé de tant d'audace et accablé de ses pertes immenses. Il assembla rapidement un conseil de guerre; les alliés furent appelés , et là il déclara avec franchise queNaples ne lui semblait plus tenable. On agita cet avis, qui finit par être unanimement adopté, et on organisa la retraite. Les Russes s'engagèrent à reprendre position à Pescara, les Albanais à Salerne, et le cardinal désigna Nola pour .son quartier général. En deux heures tout fut résolu, tout fut disposé. Le souvenir d'un tel combat dans les ténèbres ou plutôt d'un tel massacre, qui rappelait la fureur des peuplades sauvages, l'acte du désespoir qui avait fait sauter le fort de Tiviéna, tout ne présageait plus au vainqueur que des revers.
— Si nous essayions à capituler? disaient pendant ce temps et à voix basse quelques soldats des forts républicains.
— Eh ! mes braves amis, ils ne le voudraient pas si vous le demandiez, répondaient leurs chefs.
Ruffo cependant, qui jugeait que rien n'est à négliger à la guerre et qu'une négociation peut venir quelquefois au secours de la force, ne voulut pas dissoudre le conseil sans faire prendre au général