CHAPITRE Mil
autrichienne ^ mais quand il aura passé un mois chez Darwel, à Londres, il le reviendra avec le bon goût de la nouveauté, et ton front, déjà éblouissant, achèvera de lui donner son prix.
— IMais songez que c'est tout un trésor !
— Mais songez que je le veux. Lady Hamilton n'est pas ma sujette, c'est vrai^ mais j'ai aussi le droit d'ordonner au nom de lamitié jurée et de ces cinq ou quatre malheureuses années que je compte déjà de plus qu'elle.
— Mais que voulez-vous donc entreprendre?
dit Emma Lionna après quelques minutes d'une réflexion qui l'avait rendue sombre.
— Oh! mon Dieu, rien de pénible, rien que de juste et d'honorable pour tous. Il faudrait, mon enfant, il faudrait seulement que tu allasses retrouver dans la baie de Naples le mortel que ta présence comblera de joie.
— Mais l'ambassadeur, que dirait-il?
— Eh! c'est selon. Il dira que le climat est variable, que le sirocco est un mauvais vent, que notre porl de Messine est plus sûr que celui de Palermc. Tiens , ton ambassadeur, vois-tu , je m'en charge. Sir William fera notre partie de whist tous les soirs, je lui parlerai du pays de Galles, il gagnera jusqu'à trois robbers : il n'aura jamais été si occupé de sa vie. Et puis le service du souverain près duquel vous êtes accrédités ne peut être indilTérent à sa politique 5 et puis nous vous rejoindrons bientôt.
— Et à lui , que lui dirais-je ?
— D'abord qu'il est le plus fortuné des hommes.
184 FKAGOLETTA.
— Eh! mon Dieu, il le croit de reste.
' — Et ensuite tu lui exposeras comment on a méconnu nos droits et les siens ; tu lui diras qu'en qualité d'amiral et de commandant suprême des forces britanniques dans le golfe, les prétendus armistices qu'il n'a point ratifiés sont nuls. Je te rédigerais au besoin quelques instructions à la façon de notre vieille chancellerie ; mais cela est si simple ! Que notre héroïque ami déclare la capitulation non avenue et
qu'il renvoie les rebelles à la clémence de leur
gracieux maître.
— Et qui a signé cette capitulation de la part des alliés ?
— Un Bonnieu pour les Turcs, un Kérandy pour l'empereur Paul de Russie que sais-je I
— Et au nom de l'Angleterre ?
— Le Commodore Edward.
— Edward I il n'est pas bien vu de l'amiral ; je doute qu'on lui ait remis de tels pouvoirs. Mais enfin si, comme il le paraît, presque toute l'Europe est représentée dans cette paix déjà faite, ne craignez-vous pas qu'il devienne bien difficile
— Sans doute. N'en parlons plus. J'avais compté sur votre zèle, lady Emma^ mais nous trouverons
quelque autre moyen ou nous nous résignerons
à l'oubli des injures. C'est une si belle chose que l'oubli des injures! ajouta Caroline en pleurant. Oui, par Notre-Dame-des-Sept-Douleurs , nous saurons pardonner^ nous saurons recevoir avec des sourires ces mêmes hommes qui avaient déjà passé leur vie à nous outrager, à nous déplaire avant ce dernier acte