‹ Fragoletta, Nouv. édChapitre 93 sur 226 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

— Ahî dame, si on me fait des injustices.

— J'ai déjà entendu parler d'un projet de M. Speziaié

— Qui n'aura pas mon consentement. Il va venir ici lui-même tout à l'heure, et je suis bien aise que lu restes là. IMangeons un poisson, veux-tu?

— J'aimerais mieux une glace... Mais M. Spezialé chez toi! c'est un honneur. Un brave homme que ce Spezialé I Quel bouillon à Tenvers il va vous faire prendre à la république'! Et Guidobaldi donc, et

•Fioré, et le révérend père Savérelli!

— Certainement que c'est un brave homme, Spezialé : il est le chef de toute cette junte royale^ c'est lui qui me les envoie. Mais je ne le chicane pas sur ses profits^ qu'il me laisse les miens.

— Tiens, le voilà qui entre; ôte donc ton bonnet.

— Bonsoir, les amis; heureuse nuit,Pasqual! Ah çàl tu es content? Un peu fatigué?

— Du tout, monsieur.

— On m'appelle monseigneur, mon enfant. Ce n'est pas que je tienne à des petitesses, mais à cause de ma place, vois-tu. Je viens te dire une chose : tune seras plus payé à la tâche comme un manœuvre ; je t'ai fait officier public, et la junle du roi t'accorde une pension de cinquante écus par mois. Est-ce honorable ?

— Me les avez-vous donnés, les cinquante écus par mois, quand je n'avais rien à faire aux gages de

' Spezialé veut dire apothicaire.

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la république ? Point de rabais, ou faites la besogne vous-même.

— Je la ferais, manant, s'il n'y avait pas un autre moyen de mieux prouver mon zèle à la bonne cause. Mais on en trouverait d'autres au moins, Pasqual. Ce n'est pas là votre dernier mot?

— Mon père n'a jamais travaillé à meilleur compte, monsieur, et les coutumes étaient faites avant vous.

— Prends donc garde, Sciocharello, que les deux tiers peuvent finir par obtenir leur grâce-, tu t'ea mordrais les pouces !

— Est-ce qu'il y aurait ça à craindre? la, entre nous, entre amis?

— Eh î mon cher, le roi sera lundi de retour, s'il n'est pas déjà ici en cachette : il est si faible!

— Oui, mais la reine!

— Oui, mais Ruffo I

— On dit qu'il est furieux contre votre tribunal.

— Et qu'il veut rajuster la capitulation. Alors

— Alors vous me conseilleriez donc sincèrement

— Je le ferais à ta place.

— Une poignée de main, seigneur juge-, j'ai confiance.

— Tu me feras demander à la Yicaria, après la séance de la nuit. On le paiera d'avance.

— Que la bonne sainte Vierge vous bénisse, monseigneur.

— Allons, allons, Pasqual, cinquante écus par mois, c'est encore joli ! Où sont les glaces ?

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