‹ Fragoletta, Nouv. édChapitre 94 sur 226 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

• — Laisse-moi donc tranquille 5 je suis ruiné.

— Ca faisait , à ton compte , vingt-quatre mille ducats ?

— On me vole.

— Il est sûr que ton mérite

— Flatteur!

— Veux-tu que nous allions voir la fille au chaufournier ?

— Je tombe de sommeil, mon homme; il faut se ménager.

— Je ne vous reconnais plus, milord. Si aimable, si heureux hier au soir, et ce malin si sombre! Vous me laissez au fond de cette chambre du conseil , empestée de tabac d'Espagne, pour venir arpenter tout seul ce vilain gaillard d'arrière, et, les bras croisés, vous regardez cette ville comme si vous en faisiez la reconnaissance.

— Nous avons peut-être fait une faute.

— Mais l'histoire est écrite par les gens que pensionne la cour. C'est ce maudit porto que vous avez bu dès le matin.

— Il n'est pas fort. Mais que diable avez-vous pu écrire, milady? ou quel message d'un autre avezvous fait porter sur le Foudroyant pour que le bon homme soit parti si vite? Après avoir expédié hier ses dépêches à terre, on est encore venu de sa part pour me parler d'autre chose-, il était tard, nous étions occupés, et ce matin la place est vide! Où ces marsouins de Sicile sont-ils donc allés ?

— La femme a rappelé le bon mari ^ il fallait obéir.

— On le fait naviguer beaucoup, ce pauvre chasseur de cailles et de lapins. Au fait, il arrivait trop

tôt^ la place n'est pas encore tenable Descendez,

Emma-, voici une barque qui a touché : l'officier qui a pris langue vient me rendre compte.

— Votre grâce veut-elle recevoir un cardinal?

— A la mer, les homards papistes !

Un grand vieillard qui s'avança sur le pont, sans avoir compris cette réponse ou sans en attendre une autre, aborda l'amiral d'un air moitié sabre et moitié chapelet. Nelson fut surpris-, Ruffo le fut de même, mais c'était peut-être de reconnaître un marin célèbre dans ce voluptueux abattu et défait, dans ce petit homme bourgeonné, aux yeux gris et à demi couverts par des cheveux grisonnans sous la poudre et qui se séparaient à l'enfant sur un front sans noblesse, bien qu'honorablement balafré déjà par un biscaïen d'Aboukir.

Après des civilités forcées et l'obligation pour le prêtre de décliner son litre de vicaire général du royaume en deçà du Phare, les deux personnages s'assirent chacun sur un canon de la même batterie.

— Milord, cette proclamation n'est pas de voire grâce.

— Lisez.

— Je n'en ai que les principaux articles, écrits au crayon. Je suis accouru

— Lisez ^ je reconnaîtrai.

— « Sont condamnés à mort tous ceux qui ont

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