‹ Fragoletta, Nouv. édChapitre 95 sur 226 · CHAPITRE VIIÏ · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIIÏ

chassé les lazzaroni du fort Saint-Elme au mois de janvier dernier. »

— Très-bien 1

— u Qui se sont opposés au cardinal Ruffo. »

— Qu'avez-Yous à dire, monsieur le cardinal?

— (c Qui ont aidé à élever le pavillon national à la vue des vaisseaux anglais -, ont renversé la statue de Charles lïl, déchiré les anciens drapeaux , et enfin tous ceux qui, en parlant, écrivant ou agissant, ont offensé la famille royale ou montré par un acte quelconque leur attachement à la république. »

— Cette loi est faite par votre maître : je la promulgue et l'appuie au nom de sa majesté britannique et comme commandant suprême de toutes les forces ici réunies. Elle doit avoir eu déjà son commencement d'exécution.

— Mais votre grâce sait-elle combien de victimes sont comprises dans ces catégories?

— Que m'importe?

— Plus de trente mille. On ignore sans doute que les sept huitièmes de ces hommes, mes compatriotes, enfermés dans des forts où ils se sont très-bien battus, ont obtenu une capitulation honorable?

— Votre maître jugera le mérite ou les démérites de ses lieutenans. Quant à moi-même, j'ai déjà mis aux arrêts le commodore James Edward pour avoir pris part à l'acte de faiblesse et illégal dont vous me parlez. Que voulez-vous de moi ?

— Milord, vous dire quil vous appartient d'être le médiateur entre le roi et le 'peuple. C'est à vous d'ouvrir les yeux de sa majesté , car il serait inique

de vouloir châtier des sujets qu'on a abandonnés. Notre roi, en quittant le continent, a livré sa capitale aux conséquences de la conquête. Le gouvernement du vainqueur s'est établi : il était républicain , c'est un malheur. Mais il a fallu reconquérir le trône par les armes, et nous qui l'avons fait, nous pensons que la capitulation accordée à de courageux adversaires est aussi sacrée que tous les droits reconnus chez les nations civilisées.

— J'entends mal la langue italienne, et vous perdez peut-être beaucoup d'éloquence, monsieur le prêtre.

— On ne parlerait pas autrement dans un club, dit une voix moqueuse.

C'était celle d'Emma Lionna, qui s'avançait légère, indiscrète ou excitée peut-être par la peur qu'un peu de présence d'esprit ou de bonnes raisons vinssent à manquer à son illustre amant.

— Vous ici, madame ? dit RutTo sans marquer de surprise. Que Dieu soit loué I Votre présence annonce celle de nos maîtres chéris, et vous ne pouvez être que la colombe chargée de l'olivier.

— Croyez-vous tous les lauriers cueillis, monseigneur, que vous nous renvoyez à de si pacifiques rameaux ?

— La paix a ses honneurs comme la guerre, madame, et daignez vous joindre à moi pour qu'elle no soit plus troublée ici. Quand milord aurait raison sur l'infinie et inflexible autorité d'un monarque, il serait encore de rigoureuse justice d'accorder la vie à ceux qui se sont fiés sur la parole de ses serviteurs et de

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