‹ Fragoletta, Nouv. édChapitre 96 sur 226 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

ses alliés. On s'honorera par celte conduite, et quand on ne sera qu'équitable, on paraîtra clément et généreux.

— Est-ce l'avis du pape, celui d'un concile ou celui d'un synode? 3Ionseigneur, autre chose est, à ce qu'il paraît, le pastorat d'un diocèse ou une administration de justice royale. Tous savez officier, confirmer, concéder les ordres On ne peut pas tout

savoir.

— Je sais même encore une chose, madame, et j'ai peut-être acquis le droit de m'en vanter : je sais avoir peur, oui , peur des larmes d'un millier de familles, des regrets déchirans de tant de mères et du désespoir des enfans.

— Mais vous l'avez prouvé de reste en signant je ne sais quel traité auquel rien ne vous obligeait.

— Rien, madame, que la^ nécessité d'exterminer les Napolitains.

— Eh bien ! Naples serait restée au roi. Le vieux prêtre pâlit.

— Vous changerez d'idées, madame. Le zèle vous emporte, ou c'est parler en étrangère. Mais j'espère que l'ambassadeur d'Angleterre lui-même intercéderait en faveur de mes ennemis. J'en appelle de vous à lord Hamilton.

Nelson fronça les sourcils. Il fallait que Ruiïo eût désespéré de sa cause pour hasarder celte parole. Et en effet il venait de reconnaître Caroline à travers le masque de la courtisane , et il avait retrouvé jusque dans cette voix les inflexions de la voix de la reine.

194 FKAGOLETTA.

— El finalement, ajouta Nelson, à qui la colère avait rendu la parole, c'est nous qui avons conservé le roi.

— Nous, le royaume.

— Il fallait nous attendre pour entrer dans Naples. Pourquoi êtes-vous venu sitôt?

— Pourquoi êtes-vous venu si tard?

— Tous aviez donc bien peu d'obstacles à vaincre, mon pieux capitaine?

— Du moins je ne craignais pas, milord, de rencontrer dans la baie Tamiral de Latouche-Tréville.

— Intercède maintenant pour toi, dit entre ses belles dents lady Emma en lui rendant sèchement sa révérence d'adieu.

— Tiens bien ta barelte î lui cria brutalement l'amiral pendant que, le long de l'échelle de corde, Ruffo rentrait en soupirant dans la barque.

La Yicaria est un grand palais qui s'élève au milieu de Naples pour être le sanctuaire de la justice. En des temps ordinaires, cette justice y est sollicitée, obtenue ou faussée par des légions dhommes de loi fort considérés du peuple sous le nom de pagUetti. On n'en compte pas moins de dix mille. Les perrons immenses qui conduisent à toutes les salles d'audience sont usés par les solliciteurs et salis par les lazzaroni^ chaque arcade pratiquée en dedans, sous la voûte des corridors, retentit des cris du marchand, qui olîre ses étoffes de soie ou ses tabatières de lave.

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