LES LETTRES D'AMOUR
(Collection Frich-Henry C. Frick)
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à ceux du jardin de VEscarpolette ; leurs branches câlines se penchent, les églantiers s'affaissent, les eaux chantent dans la fontaine et, accroupis sur le dauphin de marbre, deux Amours malins sourient.
La ligne du décor, d'une élégance joyeuse, est molle et arrondie ; par grandes ondes, la lumière descend du ciel et s'épand sur toutes choses ; il y a pourtant, sous les arbres, une ombre tremblante, et une sensation de fraîcheur sort de l'écume de la cascade. La fdlette en fuite, écartant les bras comme prête à tomber, est, dans ce parc enchanté, le point éblouissant où les rayons convergent ; elle sourit, gentiment moqueuse, moins fâchée qu'attendrie. L'amant volontaire et souple l'aura bientôt atteinte ; tout conspire à son dessein ; les buissons épais, débordant de roses, arrêtent les pas de la jeune fille ; deux enfants renversées retiennent sa jupe flottante, et elles font, à elles trois, en leurs robes aux teintes pâles, une harmonieuse symphonie de gris : gris rose, gris bleu, gris vert.
Dans la toile suivante, les Lettres d'amour^ les amoureux peuvent déjà évoquer toute une histoire de tendresse. Le printemps a passé ; c'est l'été, avec la somptuosité de ses
massifs et le décor est divin. Watteau Teûl imaginé de cette sorte : haute tapisserie de feuillages sombres, branches lourdes et tombantes, trouée dans la lumière sur la mélancolie de Tarrière-plan, où Tâme du paysage apparaît presque douloureuse. Quel contraste avec la joie des visages et l'éclat des roses ! Sur un autel de marbre, Tamant vient d'asseoir la jeune fdle blonde, un peu changée, mais aussi belle. Ses cheveux d'or lui font une couronne de clarté; chiffonnée à grands plis, la robe, d'un gris perle sous la tunique rose, dégage deux petits souliers de satin joliment croisés. Une aubépine grimpe sur le marbre ; le chien fidèle est couché aux pieds de l'adolescente, que l'amant, d'un geste lent, enveloppe de ses bras. Les doux billets sont épars sur le socle ; elle les lit et sa coquetterie est faite d'émotion. Une statue, longuement drapée, tient en ses doigts un petit cœur de femme, que lui dispute un Amour aux ailes déployées, aux menottes tendues vers ce jouet précieux qu'on lui refuse. Par une fantaisie délicieuse dans ce concert de tendres harmonies, l'ombrelle de l'enfant, accrochée au piédestal est ouverte ainsi qu'une grande rose ; et ce sont, tout autour, d'éclatantes chutes de fleurs.