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cinquième panneau demeurait inachevé, et Tartiste était prié de reprendre son ouvrage. Afin de le dédommager de cet ennui, il aurait reçu, dit-on, une large indemnité de dix-huit mille livres et gardé pour lui ses tableaux. Comme il ne paraît pas avoir tenté de s'en défaire, il faut croire qu'il ne regretta point ce déboire, qui lui permit de conserver celle de ses œuvres à laquelle il tenait le plus.
Il a déroulé aux yeux une histoire d'amour, attendrie, enjouée, pleine de sourires, de parfums et de fleurs. Le premier motif est r Escalade ou le Rendez-uous. Dans un coin de parc, sous la lumière limpide d'un ciel bleu, l'amoureuse est assise au pied d'une statue, près d'un grand vase d'églantines. Toute blonde en sa robe pâle, elle a un geste craintif, alors que son ami escalade le mur fleuri. C'est un berger des artificielles pastorales, en costume de soie rouge ; mais le fier profil, les traits mûrs et précis rappellent ceux de Louis XV ; est-ce un hasard, une réminiscence, une maladroite flatterie ? La dame avait trop de tact pour insinuer cette ressemblance ; et tout d'abord, sans doute, elle eût demandé d'être représentée sous les traits de la jeune fille assise sur le gazon. Rien
n'eût été plus facile à Frago, qui devait goûter son exquis visage et qui l'a peinte un jour en Muse Erato, avec la plume et le livre, dans une pose plus galante que mythologique. Mais, dans ces peintures pour Louveciennes, la joliesse de l'enfant imaginée n'a rien d'une beauté fameuse. On connaît ce type accompli de Lorraine, teint éblouissant, cheveux d'or, gorge parfaite, et ces détails particuliers à la comtesse, yeux bleus aux cils noirs, aux sourcils arqués, petite bouche mutine, « signes » placés comme des mouches provocantes au coin des lèvres et sur les joues ; enfin ce port de tête et cette démarche onduleuse, que seule Marie-Antoinette fera oublier. L'ingénue délicieuse, qui se trouble sur la toiJe au premier rendez-vous, possède surtout le charme et la fraîcheur de tous les seize ans.
La voici fuyant l'ami trop pressant ; il la suit dans sa course, une rose à la main, et rien n'est plus joliment maniéré que ce geste par lequel est offerte à la chère fugitive la (leur des amours. C'est la seconde page du poème, la Poursuite, Dans ce paysage bleu, fait de rêve et de vibrantes réalités, se joue l'éternelle feinte ; un souffle de désir court dans les hauts feuillages, tout semldablcs