FU A GO N A U I
Comme presque Ions les grands peintres, mais plus curieusement dans une époque sans foi, Frago, comme son maître Boucher, ht de la peinture religieuse, avec hindi ITérence des pein tres-nés pour les nuances morales des sujets, ne voyant dans tous que des motifs de couleur. Depuis les primitifs italiens, vraiment inspirés d une croyance ascétique ou tendre, que d’artistes ont ainsi traité les sujets religieux sans aucune conviction morale ou théologique! Bas plus que dans Rubens il ne faut chercher en Fragonard la préoccupation mystique, autre chose que des thèmes picturaux, une riche matière à illustrations d’un culte qui, dans cette époque de complet scepticisme, ne devenait plus qu’une légende mouvementée et célèbre. Mais pourtant Frago fut [dus sérieux en ce domaine que l’insupportable Boucher qui transforme ses amours joufflus en anges, les enlève sur des nuages de poudre de riz vers un ciel d’opéra, et mettrait du rouge et des mouches à la Sainte Vierge! Evidemment i! ne manque souvent qu’un carquois aux angelots de Fragonard pour en faire des cupidons, et quand il peint saint Jean, on le prend pour Daphnis ; mais X Éducation de la Vierge, avec son beau tumulte d’ombres et de lueurs, l’indécision exquise de l’enfant divine, la grâce mélancolique du mouvement de sainte Anne, est une toile dans le sentiment de Murillo, avec une belle opposition de blanc et de nuées rousses; et il parait, si l’on en croit les chroniques du temps, que V Adoration des Bergers, au marquis de Véri, était une
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FltAGON AKD.
œuvre admirable. Elle a disparu. Mais on retrouve trace de Sa Visitation de Sainte Elisabeth à Marie , qui passa des mains de M. de Grammont à celles de Randon de Boisset, du prince de Conli, de M. de Galonné. Fragonard a fait plusieurs répliques avec variantes de cette œuvre dont les experts vantent, dans les catalogues du temps, la finesse de touche et la magie lumineuse. Frago affectionnait ces effets de nuages surnaturels encadrant les saintes figures. 11 n’est pas douteux qu'il ait déployé là ses talents habituels de coloriste; et on doit présumer que ses tableaux religieux, s’ils manquèrent de vraie mysticité, en eurent du moins autant que bien d’autres, sinon par la roi, du moins par l’intelligence de l’arrangement et des expressions. Mais nous ne sommes plus ici avec le véritable Frago.
Le caprice de sa production mêlait toutes ces choses. D’une scène champêtre, dun grenier aux ombres dorées où jouaient des enfants potelés, d'une basse-cour tumultueuse de chiens, chats, pigeons et poules (l’une d’elles a été gravée magistralement par Saint-Non), d’une maternité égayée, le peintre passait à une scène religieuse, puis à la Culbute de deux amoureux de village renversant, dans leur ardeur, le chevalet d’un peintre ébahi. Du Verrou , il faisait tranquillement le pendant, chose presque incroyable, du Contrat , cette œuvre calme et chaste. Si celle-là rappelle Terburg, la Déclaration a la tenue harmonieuse et froide de l’école intimiste anglaise, et la Leçon de musique du Louvre, avec scs chauds dessous